ES-TU MONTÉ DANS LA CHAMBRE HAUTE ?
Ac 1, 12-14
(23 mai 1982???)
Homélie du Frère Serge JAUNET

Coupiac : La Pentecôte
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n ces lendemains de l'Ascension, en cette vigile, éclairés par la Parole de Dieu que nous avons entendue au Livre des Actes des apôtres, et dans cet évangile qui vient d'être proclamé parmi nous, ce soir, une seule question nous est posée. Je me la pose. Je vous la pose. Chacun doit se la poser à soi-même : "Es-tu monté dans la chambre haute ?" Es-tu là, avec Marie, avec les apôtres, unis dans un même cœur et assidus à la prière ? Es-tu entré dans ce temps de l'attente, de la supplication instante pour que l'Esprit soit répandu sur le monde.
Frères et sœurs, le Seigneur, s'Il a quelque chose à nous demander ce soir, s'Il a quelque chose à demander à son Église, et nous sommes son Église, c'est bien cela. Sommes-nous entrés dans cette retraite? Sommes-nous entrés dans cette supplication ?
Ils étaient là, avec leur peur encore, ils étaient là avec leurs incertitudes, saint Matthieu ne nous dit-il pas qu'au jour de l'Ascension certains même eurent des doutes Ils étaient là, mais ils attendaient. Ils pressentaient. Et il nous faut attendre avec eux. Vous l'avez entendu, Grégoire de Naziance nous dit que le Seigneur ne nous impose pas ses dons. Il nous les donne progressivement et Il veut que nous les découvrions aussi progressivement, et que nous les lui demandions.
Attendre la Pentecôte, attendre le don de l'Esprit, entrer dans cette retraite au cénacle, monter chacun dans la chambre haute, ce n'est pas d'abord, je crois, prier pour soi-même. L'heure n'est pas de demander au Seigneur des choses personnelles, ce qui est tout à fait légitime pourtant. La Pentecôte nous ouvre à la dimension du monde, à la dimension de l'univers, à cette dimension que nous appelons aujourd'hui, planétaire. Vous l'avez entendu dans l'évangile, Jésus dit qu'il faut que la conversion soit annoncée à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. Et nous savons bien, et ce n'est pas un jugement que de le dire, que Jérusalem n'est pas convertie, que le peuple de la première alliance n'a pas reconnu encore la nouvelle Alliance. Et nous savons bien que les nations, notre nation, n'a pas encore entendu cette prédication à la conversion. Alors s'il nous faut supplier, s'il nous faut attendre en ces jours qui nous séparent de Pentecôte, c'est pour tout cet univers, dans lequel nous sommes placés.
Vous savez, et cela court actuellement dans tous les journaux, dans toutes les revues, chacun porte sur lui comme un poids oppressant devant ce qui pourrait arriver à notre monde. Et tous ensemble, inconsciemment ou non, nous portons ce poids devant ce qu'il pourrait y avoir de pire et qui peut arriver. Pour ce monde d'aujourd'hui, de ce vingtième siècle finissant. Mais tout en même temps, on peut aussi espérer beaucoup et il y a des signes d'espérance. Un livre vient de sortir avec en titre une phrase de Malraux : "Le vingt et unième siècle sera spirituel ou il ne sera pas" Malraux avait dit exactement : "il sera religieux ou il ne sera pas." Et un vingt et unième siècle spirituel pour nous veut dire, un vingt et unième siècle qui vivra dans l'Esprit de Dieu. Le mot spirituel, pour nous chrétiens qui vivons de la foi du Seigneur, qui vivons de la foi des Apôtres a ce sens plénier. Seul, l'Esprit de Dieu pourra nous faire vivre ce temps nouveau. Alors, il nous faut supplier, il nous faut attendre, à la porte de ce vingt et unième siècle. Ceux qui feront tout basculer, ce ne sont pas les savants et eux-mêmes le disent. Ce ne sera pas les techniciens eux-mêmes qui ont peur de ce qu'ils découvrent. Ce sera des pauvres. Ce sera des orants des hommes et des femmes de prière, car toujours, dans la révélation, dans la Bible comme dans l'histoire de l'Église, ces retournements ont été dus à la prière de quelques pauvres d'une Église qui a su supplier, qui a su tout attendre, les mains vides, sans prétention.
Déjà, vous vous souvenez peut-être, un vieil homme avait composé une prière qu'il avait fait imprimer sur des images répandues à travers le monde entier. Il demandait : "O Dieu, renouvelez une nouvelle Pentecôte pour notre monde d'aujourd'hui." C'était le vieux et bon pape Jean. Et je crois que cette nouvelle Pentecôte lui a été donnée. Sa prière a été exaucée. Et ce que nous vivons, ce soir, dans cette liturgie, dans cette vigile, et tous les jours, est un fruit de cette Pentecôte qu'il a eu l'audace pour laquelle il a eu l'audace de prier. Oh, bien sûr, Pentecôte mélangée à toutes nos scories humaines, à tout notre péché, à toutes nos pesanteurs. Le concile, bien sûr, est une grande espérance, même s'il a quelquefois déçu dans ses applications certains d'entre nous, et à juste titre. Mais il a su demander, il a eu l'audace de demander cela à la fin de sa vie, alors qu'on le considérait comme un homme si simple.
Frères et sœurs, nous qui avons été appelés, parce que c'est une vocation, à prier chaque jour, à célébrer cet office où nous nous retrouvons ce soir, plus que d'autres encore, nous sommes appelés par vocation aussi, à entrer vraiment, dans cette supplication intérieure, dans cette ardente demande pour qu'une nouvelle Pentecôte nous soit donnée. Oh non pas à nos petits cœurs personnels, pas à nos sentiments qui nous bercent tel jour ou tel autre, mais pour ce monde dans lequel nous sommes. C'est pour lui que nous prions chaque jour. Et rappelons-nous que les apôtres étaient au cénacle avec Marie.
Nous ne savons pas prier. Personne n'aime prier. C'est difficile, c'est ennuyeux même peut-être. Mais il nous est donné la présence de Marie, de la Vierge. Elle prie avec nous et vous le savez encore, l'histoire le montre, combien de pauvres par la seule prière avec Marie, la prière à Marie, les mystères de Dieu et du salut médités avec la Vierge dans le Rosaire, combien ces pauvres ont obtenu, par cette prière puissante. Alors, ne jouons pas aux grands mystiques, ne jouons pas aux grands saints, mais tout humblement une prière quotidienne, une prière toute petite, mais en même temps une prière audacieuse pour ce vingtième siècle finissant, pour ce vingt et unième siècle qui va commencer.
Et là encore, nous avons l'exemple d'un peuple qui fait front, qui fait barrage à l'Ennemi qui s'avance et qui veut tout envahir. Parce que, justement, c'est un peuple d'orants, parce que c'est un peuple qui a su, toujours, se tourner vers la Vierge Noire qui est au milieu de lui.
AMEN