VIVRE DE LA JOIE DE DIEU AU CŒUR DU MONDE

Ac 1,15-17 + 20a + 20c-26 ; 1 Jn 4, 11-16 ; Jn 17, 11b-19
Septième dimanche de Pâques – année B (16 mai 2021)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

« Je ne prie pas pour que tu les retires du monde mais que tu les gardes du mal ».

Mon cher Georges, aujourd’hui c’est à toi que s’adresse l’homélie. Je vais t’expliquer quelque chose de très important sans présumer de tes capacités et je suis sûr que toute ta famille présente assurera le relai car il ne suffit pas de le dire une fois mais il faut le répéter souvent. « Je ne te retire pas du monde, dit le Seigneur, mais je veux te garder du mal ».

Il peut être assez étonnant que Jésus, au moment même où Il va être mis à mort par le monde, car cette prière se situe juste dans la nuit de l’arrestation qui précède le Vendredi Saint, dise deux choses : « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde » et la joie.

Pourquoi ne veut-Il pas les retirer du monde ? C’est important car je trouve qu’actuellement les chrétiens ont trop souvent une certaine manière de considérer le monde comme s’il était pourri et damné irrémédiablement. Au lieu d’avoir un regard paisible sur le monde, trop souvent on a un regard critique – il est vrai que le fait d’avaler tous les jours un petit morceau de bulletin télévisé ne renforce pas l’optimisme. Mais quand même, nous n’avons pas à être retirés du monde, non pas pour en être complices, mais parce que nous sommes du monde et que Dieu a aimé le monde. Il est venu dans ce monde parce qu’Il nous aime, Il est venu dans ce monde parce qu’Il l’a créé. Nous n’avons pas à t’apprendre une sorte de peur, de méfiance, de retraite du monde. Jésus Lui-même veut que tu sois en plein monde et en plein vent. Pour nous les chrétiens, c’est parfois déchirant car on voit bien les dangers quand il faut se protéger du mal mais il ne faut pas revenir là-dessus.

Nous sommes les témoins et nous sommes du monde ; que serait un enfant qui n’aimerait plus ses parents parce qu’ils sont du monde ? C’est dans le monde que nous sommes nés, c’est dans la vie du monde que nous nous insérons, c’est dans la vie du monde que nous grandissons et que nous nous développons. Dieu n’a pas dit : « Je vais vous alimenter de grâce pur jus, cent pour cent ». Il veut nous alimenter avec tout ce qui constitue la création et le salut de sa grâce. C’est la première chose. N’oublie jamais cela, Georges. Quand tu grandiras, tu verras que le monde n’est pas toujours "nickel", il y a beaucoup de choses très critiquables mais au fond, quand Dieu a voulu créer le monde, Il a voulu créer quelque chose de bon (« Et Dieu vit que cela était bon ») et Il a créé cette chose merveilleuse qui est l’amour de tes parents qui t’ont donné la vie, et Il a créé cette chose merveilleuse qui est l’amour de ta famille où tu es accueilli comme un prince, et Il a créé cette Église qui est du monde. L’Église n’a pas l’esprit du monde mais elle est vraiment du monde. C’est donc la première chose : ne pas devenir des chrétiens qui méprisent ou qui se méfient du monde car à ce moment-là, nous commençons à faire une espèce de coupure dans laquelle il n’y aura pas d’unité puisqu’il y a ceux qui sont pour le monde et ceux qui sont pour une religion qui déteste le monde. Il y a suffisamment de religions qui détestent le monde pour ne pas en rajouter une. Au fur et à mesure que tu vas grandir, il faut que tu gardes ce bonheur de vivre dans le monde et de savoir que c’est de toute façon là que tu rencontreras le Seigneur.

La deuxième chose que je voudrais te dire, c’est que Jésus dans la prière qu’Il prononce au moment de partir, dit qu’Il veut que ses disciples aient la joie dans la vie qu’ils vont mener. Il meurt, Il dit Lui-même qu’Il est joyeux de retrouver le Père. Il dit donc des choses très consolantes. Au moment de mourir, Il dit la joie qu’Il a de retrouver son Père. Et Il a non seulement cette joie mais encore Il voit déjà ce monde – c’est peut-être la dernière vision qu’Il en a eue – comme une communauté, comme une assemblée qui va recevoir sa joie dans la résurrection. C’est ce que l’on fait pour toi aujourd’hui. On veut que tu fasses partie de cette communauté que nous sommes tous même si nous ne sommes pas toujours des boute-en-train joyeux, nous avons tous nos difficultés, nos souffrances et nos hésitations. Mais fondamentalement, si l’Église n’apporte pas la joie au monde, que va-t-elle apporter si ce n’est cette certitude que notre chef, notre tête, est entré avec notre corps, avec notre condition humaine dans le cœur de Dieu, dans le cœur du Père, avec la joie et le bonheur de donner sa vie pour toute l’humanité ?

Frères et sœurs, je crois que chaque fois qu’on baptise, c’est d’abord cela que nous devrions avoir dans le cœur. On a tellement terrorisé les mères surtout en leur disant qu’il fallait baptiser dans les huit jours car sinon leur enfant serait aux limbes et qu’elles ne le retrouveraient jamais. Du calme ! Le terrorisme spirituel, ça suffit ! Ce que nous avons à dire, c’est que lorsque nous baptisons un enfant, nous lui donnons la joie de Dieu. C’est la seule raison et tout le reste suivra. Nous ne nions pas le péché car hélas le péché existe, mais ce n’est pas la peine d’en rajouter. C’est cela le baptême : quand nous sommes invités au baptême, nous sommes invités à faire que tous, les membres aînés de la famille mais également de la communauté – et c’est pour cela que l’on baptise dans la communauté de l’Église –, nous sommes invités à dire à cet enfant et à nous redire nous tous que nous sommes comblés de la joie de Dieu par la grâce du baptême et la joie du salut.

Frères et sœurs, demandons à Dieu, et suggérons à Georges, de vivre vraiment de cette joie et de ce bonheur quoi qu’il arrive. Parfois on connaît des malheurs, de grandes souffrances mais il y a une chose qui doit rester fondamentale, c’est que Dieu veut que nous soyons heureux et joyeux en Lui. Georges, tu es pour nous l’image de cela aujourd’hui et si nous arrivons à redécouvrir et te faire découvrir cette joie du baptême, Dieu n’aura pas perdu son temps aujourd’hui.