PIERRE FUT PEINÉ
1 Tm 6, 13-16 ; Jn 21, 15-19
Lundi de la sixième semaine de Pâques – C
(25 mai 1992)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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I |
l est de tradition de voir dans cette triple demande de Jésus le parallèle entre les trois reniements de Simon Pierre qui, lorsque Jésus s'avance vers sa Passion et est abandonné de ses apôtres et de ses amis et notamment par le premier d'entre eux, le renie après trois fois. Cela peut nous poser une question, celle de savoir si finalement Dieu pardonne vraiment car en lisant ce passage d'évangile nous pourrions douter que Jésus pardonne à Pierre puisque Pierre lui-même est peiné de la triple question de son maître.
Dieu pardonne, mais nous avons parfois une drôle de conception du pardon. Nous avons l'impression que le pardon c'est l'oubli et que pardonner c'est passer l'éponge. Or le pardon ne peut se faire que sur des actes précis et des actes passés. C'est pourquoi lorsque l'on reçoit le sacrement de réconciliation l'Église ne demande pas de confesser des généralités mais des actes précis, des actes passés sur lesquels on peut porter un jugement. Ainsi dire être colérique est général, mais s'être mis en colère telle ou telle fois, à tel ou tel moment, pour telle ou telle raison, c'est particulier et c'est cela qui est pardonné. Ce n'est pas le caractère qui est pardonné, parce que le caractère nous n'en changeons pas. Il peut être converti, il peut évoluer mais c'est une donnée de notre personnalité. Donc le pardon ne peut pas être l'oubli, mais il est au contraire la reconnaissance du passé et surtout le fait que cette reconnaissance du passé soit une récapitulation et un tremplin pour l'avenir.
En effet qu'est-ce que le pardon ? le pardon c'est la miséricorde de Dieu qui s'exerce à notre égard. Dieu n'oublie pas nos péchés, mais Il s'en sert, Il en fait mémoire pour pouvoir construire l'avenir. C'est la même chose pour nous. Nous n'avons pas à oublier mais, là où c'est difficile, mettre le pardon, c'est-à-dire la miséricorde, être capable d'amour sur des faits précis envers celui qui nous a blessé. C'est pourquoi il est important, pour le chrétien, de comprendre que tout ce qui est de l'ordre du pardon tout ce qui est de l'ordre de la vie en Dieu s'origine et s'appuie sur le passé pour un avenir, afin que ce passé puisse devenir re-connaissance de la miséricorde de Dieu et donc action de grâces et capacité d'aller de l'avant dans la vie chrétienne.
Vous l'avez parfois remarqué, ceux qui oublient facilement ce qu'ils ont fait recommencent souvent les mêmes choses. Et dans ces cas-là, le passé ne leur sert absolument pas de référence, de point de jugement ou d'avancée dans leur vie personnelle et dans leur vie relationnelle. C'est pourquoi il peut être usant d'avoir à faire face systématiquement aux mêmes situations avec les mêmes personnes.
Le pardon que Dieu accorde s'appuie sur cette donnée fondamentale qu'en Lui-même Il récapitule toute chose. Il ne veut rien laisser de côté de ce qui appartient à l'humanité. C'est pourquoi l'histoire du salut, le dessein salvifique de Dieu s'appuie sur l'histoire. Et quand on relit la Bible, on se rend compte qu'Israël comprend de mieux en mieux Dieu, au fur et à mesure qu'il relit l'histoire des interventions de Dieu dans sa vie à chaque fois qu'Israël "fait mémoire".
Dans l'eucharistie, nous faisons justement mémoire de tout ce que nous apportons, dans l'offrande qui est récapitulée dans ce pain et ce vin qui vont être capables de la miséricorde de Dieu, de sa présence au plus profond de nous, en tenant compte de toute notre humanité et de tout ce que nous sommes. La vie chrétienne se bâtit sur cette connaissance, sur cet amour et sur ce regard de miséricorde sur notre passé comme Dieu l'a pour nous afin de pouvoir entrer avec Lui dans une réelle communion et comme un amoureux qui demande souvent :"Est-ce que tu m'aimes," lui répondre "Seigneur, tu sais bien que Je T'aime" car je sais que Tu m'as aimé le premier.
AMEN