QUE NOUS LAISSE LE CHRIST ?

1 Tm 1, 15-17 et 3, 16 ; Jn 16, 23-33

Lundi de la sixième semaine du temps pascal – A

(21 mai 1990)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

ans l'imminence de son départ, à quelques jours de la fête de l'Ascension, avant que le Christ, en sa chair ressuscitée, ne disparaisse aux yeux des apôtres, faisons le compte de ce qu'Il nous laisse.

Il nous laisse l'Église, Il nous laisse l'Église naissante. Il nous laisse cette Épouse, son Épouse immaculée que nous formons, son humanité chérie que nous sommes et qui est le moyen le plus sûr, le plus évident pour le rejoindre. Il nous trace le chemin de Lui à nous. Ce n'est pas une distance qu'Il opère entre Lui et nous par son départ, mais c'est un rappro­chement plus conjugal, plus intime puisque nous le rejoignons dans son Épouse.

Pour être l'Épouse de Dieu ou l'Épouse du Christ, il faut donc vivre avec confiance cette relation entre nous et le Christ. Par mon humanité, Je suis épousée par Dieu. Ce que je suis donc, et ce que nous sommes ensemble, j'ai donc à le recevoir simplement, humblement comme un fils de la famille, pour que je le vive. Il y a des fils de famille qui critiquent leur famille parce qu'ils ne sont pas bien dans leur famille. Il y a aussi qui, dans la famille, la reçoivent telle quelle, la conçoivent un peu fragile, avec ses défauts, mais qui de nous oserait dire de sa mère qu'elle est pleine de défauts ? ce qui est certainement vrai, mais notre amour dépasse les défauts de notre mère.

De même pour l'Église. Avant même d'exer­cer notre esprit critique en son sein, il faut d'abord la vivre filialement puisque nous sommes partie inté­grante de cette Église, et que si nous manquons à l'ap­pel, elle sera blessée. C'est pourquoi cette Église est souvent par notre manque d'appartenance véritable à cette Église. Et dans cette Église, il y a une chose encore plus géniale, ce sont les rites. Nous sommes catholiques, nous sommes des gens des rites. Je ne suis pas, moi le prêtre, au-dessus des rites et vous en dessous. Inversement, nous ne sommes pas ni au-des­sus ni en dessous des rites, nous avons à notre portée des moyens absolument sûrs, qui ont "marché" depuis longtemps, pour rejoindre Dieu. Dans sa sagesse, l'Église nous a livré des gestes, des paroles qui nous donnent l'assurance totale que nous rejoignons Dieu. On n'a pas à les réinventer. On a à les recevoir et quelque part à les répéter, parce qu'on est sûr que c'est le bon chemin pour atteindre Dieu.

C'est vrai que parfois on est un peu comme un pianiste qui apprend à jouer. Au début il faut faire un certain nombre de gammes. Nos rites ont parfois le goût, la couleur ou la musique de nos gammes pour qu'un jour, face à Dieu, nous puissions jouer pleine­ment ce face à face de la béatitude et développer sur le clavier de notre humanité toute la symphonie de notre vie. Il nous faut pour cela, auparavant, articuler parfois avec peine, et peut-être par devoir, nos gam­mes préalables pour préparer notre mariage avec le Seigneur. Nous ne sommes ni en-dessus ni en-dessous de nos rites, nous les recevons comme un moyen sûr. Nous pouvons parfois par rapport à eux être lassés, fatigués de leur répétition. Une messe, vous en connaissez la fin comme moi, il n'y a rien de surpre­nant dans une messe. On en connaît et la musique et les paroles. Et pourtant c'est le moyen le plus sûr de rejoindre Dieu. Et l'on n'a pas à se dire : est-ce que je corresponds bien à ce rite. Ils sont tellement, depuis des générations, mûris par des générations, inspirés par le Seigneur, ce sont des sillons tellement gravés dans l'humanité que ce n'est pas moi, en quatre-vingt dix, du haut de mon intelligence si géniale soit-elle, qui vais les repenser. On ne peut pas refaire le chemin de toute une humanité qui, sous l'inspiration de l'Es­prit, a trouvé les moyens de rejoindre le Seigneur et qui, en plus, a souvent répété des gestes que le Christ a fait Lui-même.

C'est ainsi que nous devons vivre les rites de l'Église. C'est un moyen, un moyen sûr, c'est le nu­méro de téléphone qui répond à tous les coups. C'est la chose la plus certaine que nous ayons qu'en refai­sant les gestes du Christ à la Cène, nous recevions totalement son corps et son sang et nous puissions nous en nourrir. Contrairement à ce que l'on pense souvent, un rite c'est la liberté, ce n'est pas une contrainte. Nous n'avons pas à réinventer de façon permanente notre manière de dire ou de rejoindre Dieu. Nous n'avons pas, par une créativité perma­nente, à décider comment on pourrait rejoindre Dieu, les rites nous sont donnés pour nous reposer, pour nous mettre en confiance avec le Seigneur.

Alors dans ce rite que nous allons de nouveau déployer en ce jour, vous comme moi, moi à la place que le Seigneur a voulue, non pas plus prés de Lui, notre proximité dépend non de notre fonction mais de la sainteté de notre vie, moi à cette place pour que je puisse consacrer le pain et le vin pour que vous puis­siez le recevoir, tous ensemble, élevons-nous vers Lui, dans la sainteté.

 

AMEN