LE VISAGE DU CHRIST
1 Tm 1, 15-17 et 3, 16 ; Jn 16, 23-33
Lundi de la sixième semaine du temps pascal – C
(5 mai 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e qui est important et un peu paradoxal dans ce passage d'évangile c'est que Jésus annonce un moment où les disciples n'auront plus besoin de poser de questions et où toute demande sera exaucée parce que les disciples sauront les formuler, alors que jusque-là ils n'en étaient pas capables. Il annonce aussi un moment où le Christ ne parler plus en figure ni en paraboles mais où Il nous entretiendra en toute clarté. Ce moment est comme inséré dans toute l'économie de l'évangile de Jean, parce qu'il est marqué par "l'Heure", c'est-à-dire le moment où le Christ passe de ce monde au Père.
Ce qui est étonnant c'est précisément que, quand le Christ était avec les disciples quand Il les fréquentait au jour le jour, il semble que c'étaient les meilleures conditions pour parler clair, que c'était le meilleur moment pour lui adresser des demandes. Or précisément le Christ dit que, jusque-là, les disciples ne l'ont pas fait, comme si ce temps que nous-mêmes aux disciples avait été par rapport au temps, à l'heure qui va venir, un temps d'obscurité, un temps presque, à la limite, d'incompréhension, ou en tout cas de malentendu.
En fait le visage de Jésus-Christ, et je pense que c'est là le sens de ces dernières paroles du Christ, le véritable visage du Christ dans son appartenance au Père ne peut nous être révélé que dans sa mort. C'est le grands mystère de notre foi que nous ne gardions pas, pour ainsi dire, une image vivante, photographique, de Jésus au milieu de ses disciples, de Jésus menant sa vie parmi nous. En réalité, cette image c'est celle de quelqu'un qui est mort et ressuscité. C'est-à-dire qu'entre Lui et nous comme processus même de la plénitude de la révélation du Fils, il y a sa mort.
Il y a déjà quelque chose de cela dans l'expérience humaine. C'est lorsque quelqu'un est mort que nous découvrons et reconnaissons enfin son vrai visage. Il a pour ainsi dire acquis, dans la mort même, son visage d'éternité. Ce qui est vrai au plan naturel et humain est encore plus vrai de ce que Jésus, le Fils de Dieu, a vécu parmi nous. Tout le mystère de notre relation à Jésus Christ, Fils de Dieu, Celui qui siège dans la gloire auprès du Père et qui exalté et qui est Seigneur, toute notre relation passe par sa mort. C'est parce que Jésus est mort en donnant sa vie pour nous que nous pouvons désormais lui adresser toute demande et toute intercession, c'est parce que Jésus Christ est mort et ressuscité pour nous qu'il n'y a plus ni figure ni parabole, mais qu'il y a la vérité même de l'amour de Dieu qui se donne jusqu'au total anéantissement de soi-même.
Que cette page de l'évangile de Jean, qui marque à la foi le visage éternel du Christ tel qu'Il prend "figure" pour nous, pour son Église, et en même temps cette affirmation de sa victoire sur la mort par sa résurrection, que cela soit pour nous le gage de notre vie véritable avec le Christ. Non pas de nous reconstruire je ne sais quel appareil affectif, sentimental d'une relation avec Lui que nous cultiverions, mais précisément de savoir que tout passe par cette preuve de mort à nous-mêmes, parce que Lui-même est mort nous nous.
AMEN