LE CHRIST EST FIDÈLE
2 Tm 2, 8-13 ; Jn 21, 15-19
Lundi de la sixième semaine de Pâques – B
(13 mai 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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n ces jours qui précèdent immédiatement l'Ascension nous lisons les dernières paroles de Jésus dans l'évangile de saint Jean, les derniers mots du Christ à ses disciples avant de retourner de ce monde à son Père. Aujourd'hui les paroles du Christ sont adressées à Pierre. Elles sont, de bout en bout, l'illustration concrète dans la personne de Pierre, de ce que saint Paul nous disait tout à l'heure : "Si nous sommes infidèles, Lui le Christ est fidèle parce qu'Il ne peut pas se renier Lui-même."
Pierre a été infidèle. Il a renié le Christ, mais le Christ est fidèle. Il ne peut pas se renier Lui-même. Parce qu'Il a choisi Pierre, parce qu'Il a aimé Pierre, Il va ressusciter le cœur de Pierre, Il va remettre dans le cœur de Pierre tout l'amour qu'Il a pour Lui et dont Il veut que Pierre vive lui aussi. "Pierre, M'aimes-tu ?" Pierre, toi qui n'as pas su aimer, je veux maintenant te donner mon amour, pour que tu sois capable de m'aimer et pour que ma fidélité compense ton infidélité. Aussi bien n'est-ce pas nous qui sommes fidèles. Comment en serions-nous capables ? C'est le Christ qui est fidèle en nous, et je dirais d'une certaine manière quelquefois malgré nous, malgré notre lâcheté, malgré notre manque de courage, malgré notre légèreté, malgré notre présomption, toutes ces caractéristiques de Pierre que l'on retrouve si souvent en nous. Malgré tout cela le Christ est fidèle. Il n'est pas fidèle quelque part dans le ciel, Il est fidèle dans notre propre cœur, présent en nous Il est notre fidélité.
Cette fidélité nous transforme puisqu'elle met en nous l'amour dont nous ne serions pas capables par nous-mêmes. Et cet amour, le Christ l'a si bien donné à Pierre, Il en a si bien rempli son cœur que Pierre pourra suivre le Christ, et le suivre jusqu'au bout. Lui si inconstant, lui si craintif, peureux, Pierre ira jusqu'au martyre : "Un autre te ceindra et te conduira où tu ne veux pas aller". Par ces paroles, Jésus désignait la mort par laquelle Pierre devait mourir. "Si nous souffrons avec Lui, avec Lui nous régnerons, si nous mourons avec Lui, avec Lui nous vivrons." Ces paroles de saint Paul se réalisent en Pierre. Pierre mourra avec le Christ, comme le Christ pour ressusciter avec Lui. Et si Pierre mourra comme le Christ est mort, sur la croix, ce n'est pas parce que se sera levé en lui un courage qu'il n'avait pas, mais c'est parce que le Christ sera présent en lui, pour mourir avec lui. Le Christ, en quelque sorte, accompagnera Pierre dans sa mort, sera présent à la mort de Pierre. Il sera à l'intérieur de son cœur, de son âme et de son corps au moment de s'offrir en sacrifice, et c'est comme cela que Pierre aura assez d'amour pour pouvoir aller jusqu'au don total de lui-même. Il n'aurait jamais pu faire cela par ses propres forces. La grâce c'est véritablement l'habitation de Dieu en nous. C'est l'Esprit de Jésus qui est en nous qui nous transforme de fond en comble, nous donnant une vie qui n'est pas la nôtre mais qui est la vie de Jésus, et qui, cependant, devient bien la nôtre car c'est bien nous qui aimons, c'est bien nous qui devenons capables de ce que nous n'aurions pas pu faire, c'est bien Pierre qui a aimé, c'est bien lui qui a répondu : "Seigneur, Tu sais bien que je T'aime !", c'est bien lui qui est mort.
Le Christ a été de nouveau crucifié en Pierre, comme Il est de nouveau offert en sacrifice dans tous les martyrs, comme Il est de nouveau en train d'intercéder, de vivre et mourir en chacun de nous, à mesure que notre propre vie se déroule et qu'elle est offerte. "C'est le Christ qui vit en moi !" dit saint Paul dans l'épître aux Galates : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est Lui qui vit en moi !"
Qu'en cette veille d'Ascension nous soyons remplis de cette présence du Christ pour vivre véritablement de sa vie, avec Lui, et qu'Il vive en nous, de façon que nous ne fassions plus qu'un avec Lui, pour sa gloire et pour l'amour du Père.
AMEN