SUIS-MOI !

1 Tm 6, 13-16 ; Jn 21, 15-19

Lundi de la sixième semaine de Pâques – A

(28 mai 1984)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C

 

es paroles que Jésus adresse à Pierre sont parmi les dernières de l'évangile de saint Jean et nous sommes invités à les écouter comme une introduction à ce temps de l'Église qui, à partir de l'Ascension, s'étend jusqu'au retour du Christ, ce temps dans lequel nous vivons aujourd'hui. Ce temps c'est celui où le troupeau du Christ est confié à Pierre, pasteur des brebis, pasteur des agneaux.

Ce temps est aussi celui où il est dit à Pierre et à nous tous à travers lui : "Suis-Moi !" Le temps de l'Église est celui où, tous, nous allons vivre à la suite du Christ, vivre avec Lui, le mystère de sa Pâque, le mystère de sa passion, de sa mort et de sa résurrection, parce que le Christ nous fait découvrir, comme à Pierre, au fond de notre cœur, cet amour que nous avons pour Lui et que Lui-même a mis dans notre cœur, car où trouverions-nous la force d'aimer si ce n'était pas le Christ Lui-même qui mettait en nous cette force. "Pierre, M'aimes-tu ? M'aimes-Tu plus que ceux-ci ? Oui, Seigneur ! Tu sais que je T'aime !" Tu le sais d'autant mieux que c'est Toi qui est l'amour, la source de tout amour et que tout amour est présence de Toi.

"Oui, Seigneur ! Tu sais bien que je T'aime !" Nous pouvons, avec Pierre, non pas par présomption mais par humilité, redire ces phrases. "Oui, Seigneur ! Tu sais que je T'aime !" puisque c'est Toi qui me donnes de t'aimer. Et, puisque comme Pierre, nous avons dans notre cœur cet amour de Dieu, que Dieu Lui-même nous a donné, nous sommes, pour cette raison, appelés, comme Pierre, à suivre le Christ Jésus. Et cet amour qui habite notre cœur nous conduira à suivre le Christ Jésus, jusqu'au terme de notre vie, jusqu'au moment où quelqu'un d'autre "nouera notre ceinture et nous conduira là où nous ne voudrions pas aller", c'est-à-dire jusqu'au moment où il faudra nous démettre de toutes nos prétentions à diriger notre vie, pour remettre cette vie entre les mains de Dieu.

Ce temps de l'Église, c'est l'apprentissage de notre Pâque, de notre passage, individuellement et collectivement, de notre passage dans le Royaume du Père. "Je suis venu dans le monde. Maintenant, je quitte le monde et je retourne au Père " nous dit le Christ. C'est cela le mystère de l'Ascension. Et ce mystère n'est pas un mystère pour Jésus seul, mais un mystère pour nous aussi. Nous aussi, qui sommes dans le monde nous sommes appelés à quitter ce monde pour aller vers le Père avec Jésus. Et ceci n'est pas uns réflexion triste ou désabusée. Il ne s'agit pas de nous préparer à la mort comme à quelque chose d'inévitable et de dangereux, mais au contraire, dans la lumière de l'Ascension, de comprendre que toute notre vie n'est que cette marche vers le Père et que, s'il faudra nous détacher de beaucoup de choses et de la terre, s'il faudra nous laisser conduire là où nous n'aurions pas eu envie d'aller, là où nous n'aurions pas eu peut-être l'idée d'aller, ce n'est pas pour une punition, ce n'est pas pour une pénitence, mais c'est, au contraire, pour y trouver le véritable bonheur puisque là où l'on veut nous conduire et où n'aurions pas eu l'idée d'aller, c'est l'endroit où nous serons pleinement comblés, pleinement heureux.

Comme à Pierre, il nous est dit : "Suis-Moi !" Le Christ nous appelle avec Lui à franchir ce passage qui ne sera pas seulement le moment de notre mort mais qui est déjà en cours car, pendant tout ce temps de l'Église, saint Jean et saint Paul nous disent : "C'est la dernière heure !" Nous sommes à notre dernière heure. Le monde est à sa dernière heure, c'est-à-dire nous sommes en chemin, nous sommes en voyage. Les bagages sont déjà prêts et les valises sont faites, et nous sommes déjà partis vers le Seigneur. Et c'est cela tout le sens de ce temps que nous passons ensemble dans cette Église de la terre. Nous sommes en chemin vers le Seigneur. Son Ascension nous aspire, en quelque sorte, à sa suite pour que, avec Pierre, nous acceptions de passer de ce monde vers le Père.

Que cette eucharistie soit pour nous l'avant-goût de cette rencontre. Que cette eucharistie où le Seigneur, invisiblement mais réellement, vient en nous, soit le commencement, l'inauguration de ce moment où, visiblement, nous irons vers Lui, et où nous serons avec Lui comme Il est déjà maintenant avec nous, nous accoutumant, comme dit saint Irénée, "à vivre en sa présence, et prenant Lui-même l'habitude de vivre avec nous et de nous associer à Lui".

 

AMEN