ENCORE UN PEU DE TEMPS
1 Tm 6, 13-16 ; Jn 16, 16-22
(12 mai 1980)
Homélie du Frère Michel MORIN
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t vous, frères et sœurs, comprenez-vous ce qu'il dit lorsqu'il parle de ce "peu" ? C'est vrai, que pour les apôtres, ce peu dont le Seigneur a parlé, a signifié les trois jours qui ont séparé sa mort de sa résurrection, ces jours où les apôtres ont connu les ténèbres, la souffrance, la séparation, la peur, la mort. Ces trois jours qu'il a fallu pour que l'amour de Dieu, comme une mère, mette au monde l'homme nouveau, Jésus, le ressuscité.
Mais ce peu a aussi pour nous un autre sens, car nous sommes aujourd'hui, nous vivons dans ce peu. Car s'il veut dire les trois jours entre la mort et la résurrection du Christ, il signifie aussi pour nous, les jours entre la résurrection du Christ et son apparition ultime et définitive pour nous personnellement comme pour l'humanité tout entière ainsi que pour l'univers dans son ensemble. Nous sommes dans ce peu de temps qui nous sépare de la résurrection du Christ historique et de son apparition. Et c'est pour cela que nous lisons ces quelques versets dans ces jours qui précèdent l'Ascension, parce que l'Ascension est le départ du Christ de notre terre, mais aussi le commencement de notre attente de son retour. "Comme vous l'avez vu partir, il reviendra", lirons-nous jeudi prochain dans l'évangile.
Et ce peu, nous le vivons comme les apôtres. Nous connaissons la tristesse, les séparations, les persécutions, la mort, la souffrance et les ténèbres. Mais nous avons l'assurance, parce que les Apôtres ont connu la résurrection du Christ, qu'après ce temps d'enfantement viendra le temps de l'oubli des souffrances parce qu'un homme nouveau sera né. Cet homme nouveau, ce sera chacun de nous et l'humanité tout entière, lorsque petit à petit le centre de notre vie, le centre de gravité se déplaçant, nous basculerons dans le monde de la résurrection, dans le monde de Dieu.
Et je voudrais simplement que vous remarquiez que le Christ a dit à ses apôtres :"Vous me reverrez". Voulant manifester que, de fait, après sa résurrection, ils le reverront. Mais il dit aussi, dans le dernier verset : "Moi, je vous reverrai, et à ce moment-là votre cœur sera comblé de joie, et votre joie, nul ne pourra vous l'enlever." Je vous reverrai. Le Christ a désiré d'un grand désir vivre sa Pâque, c'est-à-dire, se séparer de ses apôtres, pour un temps, mais maintenant qu'il est ressuscité dans sa Pâque glorieuse, il est encore habité par ce grand désir de nous revoir et de nous revêtir de sa gloire de ressuscité, de nous partager en totalité, et en plénitude sa joie de siéger à la droite du Père, dans la gloire du Père, sa joie de ressuscité, sa joie de transfiguré.
Il nous faut dans notre vie chrétienne, c'est vrai, désirer voir Dieu. Mais peut-être que nous ne pourrons désirer voir Dieu que si nous entrons profondément dans le désir de Jésus de nous revoir. De nous revoir dans le regard de sa résurrection, de nous revoir dans la lumière de sa gloire, car c'est pour cela que nous sommes faits, c'est pour cela que nous avons été crées, c'est pour cela que, par lui, nous avons été recréés.
Nous vivons sous le regard de Dieu. C'est vrai aujourd'hui, même si nous ne saisissons pas ce regard avec notre chair d'homme, mais c'est le plus important, nous vivons sous le regard de Dieu et Dieu attend de nous revoir, parce que lorsqu'il nous reverra dans sa gloire, à ce moment-là, nous, nous le verrons, et notre joie nul ne pourra nous la prendre.
AMEN