PARTICIPANTS À LA PÂQUE DU CHRIST
Col 1, 24-29 ; Jn 15, 18-25
Jeudi de la cinquième semaine de Pâques – C
(10 mai 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, dans cette page d'évangile, Jésus annonce donc à ses disciples qu'ils participeront à sa Pâque, à sa Passion. De même que le monde a pris Jésus en haine, de la même manière, le monde haïra les disciples, parce que de même que Jésus n'est pas du monde, les disciples ne sont pas du monde.
Dans l'évangile de saint Jean, le monde dont il parle, ce n'est pas l'univers, ce n'est pas l'humanité, c'est le monde dans sa mondanité, c'est-à-dire le monde dont Satan est le prince, toutes les forces qui s'opposent à l'amour du Christ, à la Parole de Dieu. C'est pourquoi, il peut parler de la haine du monde, il veut dire par là la haine des forces qui concentrent tout intérêt, tout but et toute recherche sur les choses de cette terre au détriment de la seule réalité qui compte et qui est la découverte de la vie de Dieu et de l'amour de Dieu.
"S'ils m'ont persécuté, dit Jésus, ils vous persécuteront vous aussi parce que le serviteur n'est pas plus grand que son maître". C'est donc l'annonce de cette participation à la Pâque du Christ, à sa Passion, dont les disciples de Jésus vont être l'objet. Le texte de saint Paul complète cette révélation qui nous est faite dans l'évangile, cette participation aux souffrances du Christ n'est pas simplement une analogie des disciples avec Jésus lui-même, c'est une réelle participation à la croix de Jésus. Jésus par sa croix s'est offert en sacrifice pour le salut des hommes, pour le salut de ce monde qui le persécute. Jésus accepte d'être persécuté par le monde pour sauver le monde.
Dans le même évangile de saint Jean, il nous est dit que "Dieu n'a pas envoyé son Fils pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui, car Dieu a tellement aimé le monde qu'Il lui a donné son Fils unique". Le sacrifice de Jésus acceptant librement cette haine du monde, cette persécution, ce sacrifice de Jésus n'a pas d'autre but que le salut de ce monde-là. Jésus sur sa croix dira : "Père Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font", priant pour ceux-là même qui le mettent à mort. C'est pourquoi les disciples eux aussi, en souffrant comme Jésus, en subissant la persécution et le rejet du monde comme Jésus les a subis, les disciples participent aussi à la rédemption du monde. Leurs souffrances viennent en quelque sorte s'ajouter à celles du Christ pour le salut du monde. Saint Paul dit cela d'une manière très forte : "Je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son corps qui est l'Église". Certes, il ne manque rien aux épreuves du Christ, car dans son sacrifice de la croix, Jésus a tout donné et tout sauvé. Pourtant, Il veut que ses disciples participent non seulement à sa Passion, mais aussi à la valeur rédemptrice de sa Passion. Souffrir avec le Christ, c'est souffrir pour le corps du Christ qui est l'Église, qui est cette humanité sauvée, ce monde racheté, ce monde que Dieu a tellement aimé et pour lequel il s'offre.
De même que les souffrances du Christ accomplissent son sacrifice jusqu'à la victoire de sa résurrection, de la même manière les souffrances des disciples, celles de saint Paul, aboutissent à l'espérance de la gloire. Le mystère que saint Paul vient proclamer et qu'il atteste par les souffrances et les persécutions qu'il subit, ce mystère, c'est la gloire du Christ à laquelle participent tous les hommes, y compris les païens. Dieu a voulu faire connaître de quelle gloire est riche ce mystère chez les païens, avertissant tout homme, instruisant tout homme, afin de le rendre parfait dans le Christ.
Que les épreuves que nous connaissons dans notre vie, que les difficultés qui parsèment notre route prennent sens ainsi par la croix du Christ à laquelle il nous fait participer. Jésus nous fait l'honneur de nous associer à son œuvre de salut pour le monde afin que par nos souffrances, comme par les siennes, le monde puisse être converti et sauvé et parvenir à l'espérance de la gloire.
AMEN