UNIS À LA PASSION DU CHRIST
Col 1, 24-29 ; Jn 15, 18-25
Jeudi de la cinquième semaine de Pâques – C
(6 mai 2010)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Monthermé : Unie à la Passion de son Fils
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rères et sœurs, je voudrais attirer votre attention sur une parole mystérieuse et très belle de saint Paul dans le texte de l'épître aux Colossiens. Saint Paul dit : "En ce moment, je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous et je complète en ma chair ce qui manque à la Passion du Christ pour son corps qui est l'Église". La première partie de la phase énonce non pas une banalité, mais une vérité bien connue : "Je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous". Nous savons que si nous offrons nos souffrances pour les autres, d'une certaine manière, elles peuvent nous donner sinon la joie, du moins la paix.
Mais la suite de la phase est mystérieuse : "Je complète en ma chair ce qui manque à la Passion du Christ pur son corps qui est l'Église". Il ne manque rien à la Passion du Christ pour sauver non seulement l'Église que nous sommes mais pour sauver tous les hommes qui ne sont même pas encore aujourd'hui dans l'Église. Il ne peut rien manquer à la Passion du Christ car son offrande, son sacrifice est infini, c'est le sacrifice d'un homme qui est Dieu et ce Dieu nous aime d'une façon illimitée. Donc, il ne manque rien à la Passion du Christ. De ce fait, nous ne pouvons en aucune manière dire que nous complétons cette Passion du Christ, que nous complétons quelque chose qui lui manquerait puisqu'il ne lui manque rien.
Mais alors, que veut dire saint Paul ? Il nous introduit là à une dimension particulièrement merveilleuse du mystère de notre action et de ses relations avec Dieu. Tout est grâce, tout vient de Dieu, Par nous-mêmes, nous ne sommes capables de rien, tout ce que nous faisons vient du don de Dieu. C'est pourquoi nous n'avons aucun mérite à faire ceci ou cela, même à faire le bien, parce que cela nous est donné par Dieu. Seulement, c'est la suprême délicatesse de Dieu de vouloir donner valeur à nos efforts, à nos souffrances, à nos épreuves, leur donner valeur même si cette valeur en réalité est dérisoire parce que à côté de la Passion du Christ nos souffrances ne sont que très peu de choses. Mais Dieu veut donner valeur à ce que nous vivons, le Christ veut nous unir à lui dans sa Passion pour que nous soyons associés non seulement à la grâce qu'il donne mais aussi au fait qu'il nous sauve par grâce.
Oui, ainsi, nous sommes sauveurs les uns pour les autres non pas parce que nous aurions entre nos mains le prix du rachat de nos fautes et des fautes de nos frères, mais parce que Dieu veut que la moindre de nos actions prenne valeur à ses yeux. C'est cela qui est à la base du culte des saints. Les saints pas plus que nous-même n'ont de mérites à faire valoir à côté du Christ, mais le Christ a voulu qu'eux aussi nous donnent leur vie, leur souffrance pour notre salut comme il nous donne à nous aussi de vivre et de souffrir pour nos frères. Dieu nous associe à sa Passion, il n'a pas besoin de nous, mais il veut que ce que nous faisons entre dans le mystère du salut.
C'est ce qui fonde aussi la compassion de la vierge Marie au pied de la croix. Elle n'a pas été clouée, elle n'a pas été transpercée, son corps n'a pas souffert la flagellation comme celui de son Fils, mais elle s'unit de toutes ses forces à la Passion du Christ et le Christ veut donner valeur à cette souffrance de Marie et c'est pourquoi nous pouvons invoquer Marie pour qu'elle nous aide comme elle à traverser la Passion du Christ pour son corps qui est l'Église.
Oui, nous sommes appelés à nous unir mystérieusement à la Passion de Jésus pour que se réalise non seulement en nous mais par nous, le salut du monde.
AMEN