M'AIMES - TU ?
1 Tm 6, 13-16 ; Jn 21, 15-19
Jeudi de la cinquième semaine du temps pascal – C
(27 avril 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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C |
'est la première rencontre de Jésus avec Pierre, après la passion et la mort du Christ, donc après le reniement. Jésus ne dit pas à Pierre : Tu M'a renié, je te l'avais annoncé, je t'avais prévenu, maintenant, fais pénitence, réconcilie-toi avec Moi. Jésus ne fait qu'indirectement allusion au triple reniement de Pierre en lui demandant trois fois : "M'aimes-tu ?" Et Pierre qui a la mémoire courte et qui est toujours un peu plus spontané que nécessaire, Pierre est peiné de ce que Jésus lui demande trois fois : " M'aimes-tu ?" oubliant déjà qu'il a renié trois fois.
Mais là n'est pas l'intérêt principal de ce texte. Ce qui est très profond et merveilleux, c'est que Jésus ne passe pas l'éponge sur la faute de Pierre, Il ne lui pardonne pas en ne tenant aucun compte de sa faiblesse, en oubliant cet outrage, cette fragilité, cette médiocrité mais le pardon de Jésus va beaucoup plus loin. Il va jusqu'à la restauration, dans le cœur du pécheur, de ce qui a été abîmé par le péché. Si Pierre a renié Jésus c'est qu'il n'a pas trouvé dans son cœur assez d'amour pour le suivre. Il n'a pas eu en lui un amour assez fort, assez véhément pour crier cet amour quand il était interrogé par la servante et pour dire : "Oui c'est Lui que j'aime ! Je suis son disciple !" Devant la crainte, la peur, devant l'instinct de conservation, son amour s'est trouvé faible, fragile, pauvre, et finalement défaillant. Et Jésus restaure dans Pierre l'amour qui lui a manqué. Jésus met dans le cœur de Pierre cet amour et Il le lui fait découvrir : "Pierre, M'aimes-tu ?" -"Oui, je T'aime !"
C'est cette parole de Pierre, "Je T'aime !" qui vient laver vraiment le péché par lequel Pierre avait cessé d'aimer Jésus. Quand Jésus nous pardonne, Il ne se contente pas d'effacer nos fautes, de les oublier, Il ne se contente pas de ne pas tenir compte de nos fautes. Il restitue réellement en nous ce que nos fautes ont abîmé ou bien la carence qu'elles ont manifesté. Car quelquefois ce que nous appelons la faute n'est que l'expression extérieure, la manifestation d'un manque d'amour antécédent qui est lui, le véritable mal. Ce qui est mal, ce n'est pas de faire ceci ou cela. Ce qui est mal, c'est de ne pas aimer assez. Et si nous faisons ceci ou cela qui est réputé mauvais, c'est parce que nous n'aimons pas assez. C'est là le vrai mal. Jésus guérit ce mal. Il le guérit jusqu'à la racine en nous donnant l'amour dont nous avons besoin. "Oui, Seigneur, Tu sais tout ! Tu sais bien que je T'aime !" Ce n'est pas un mensonge, ce n'est pas une vantardise. "Tu sais tout, Tu sais que je T'aime !"
Il faut que nous soyons attentifs à cet amour que, sans cesse, le Christ Jésus fait naître en nous, cet amour que, sans cesse, Il restaure au fond de notre cœur. Parfois, nous nous plaignons de ne pas savoir aimer, de ne pas aimer assez Pourtant la source de l'amour nous est ouverte. Il suffirait que nous entrions assez profond en nous, que nous ouvrions assez profondément notre cœur à ce don qui nous est fait, qui nous est fait en permanence, pour que cet amour naisse et peu à peu grandisse en nous, et que nous puissions nous aussi, en toute vérité, quand Jésus nous le demande, Lui répondre, dans la spontanéité de notre cœur : "Oui Seigneur, Tu sais tout ! Tu sais bien que je T'aime !" C'est cela suivre Jésus. Quand Jésus dit à Pierre : "Suis-Moi !" Il ne lui dit pas autre chose que ce que Pierre vient de lui répondre : "Oui, Seigneur, Tu sais que je T'aime !" Et Jésus révèle à Pierre que cet amour ira plus loin qu'il ne l'imaginait ou ne l'espérait. Il ira jusqu'à l'identification totale avec Jésus. "Viendra un jour où un autre te ceindra. Tu étendras les mains, (comme Moi sur la croix), et tu seras conduit (comme Moi) là où tu ne voulais pas aller" (jusqu'au supplice, jusqu'à la mort), c'est-à-dire jusqu'à ce plus grand amour.
Que ce don qui est proposé à chacun d'entre nous soit reçu par chacun d'entre nous, aujourd'hui, demain, jour après jour, jusqu'à la consommation du mystère de notre vie et de notre mort.
AMEN