PREMIER-NÉ D'ENTRE LES MORTS 

Col 1, 12-20 ; Jn 15, 9-17

Jeudi de la cinquième semaine de Pâques

(21 mai 1981)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

L'attente de la gloire

N

 

ous avons entendu comme première lecture, ce passage du début de l'épître de saint Paul aux Colossiens, dans lequel nous est rapporté cet hymne christologique, liturgique, fort ancien. Je voudrais souligner avec vous, ce matin, quatre caractéristiques de ce texte qui nous ouvre au mystère du Christ.

D'abord, le Christ est dit : "Premier-né avant toute création". Le Christ est incréé. Il vit, depuis toute éternité, dans le cœur du Père. Il n'entre pas dans la série des choses créées, même pas de façon première, même pas de façon supérieure. C'est dans la Sagesse qu'Il est, c'est dans la contemplation de son visage que le Père a préparé ce plan de la création : création du monde, création du cosmos et création, bien sûr de l'homme façonné à son image, pour qu'un jour, il soit totalement à sa ressemblance. Le Christ est donc, j'allais dire la cause exemplaire, Il a servi d'exemple à ce monde créé, à ce cosmos. Mais le Christ est aussi le but de ce cosmos. Il en est la fin. Ce monde, qui a été créé par lui, est aussi créé pour Lui, comme le dit cet hymne liturgique. Il y a entre ce monde et le Christ, un lien qui est invisible certes, qui est mystérieux mais qui est cependant réel. Ce lien, on ne le voit plus, ce lien, on ne l'aborde plus, il ne nous apparaît plus, parce qu'il a été brisé. L'homme, en se détournant de Dieu a fait en sorte que ce monde s'est retourné contre l'homme et que le lien fondamental entre le Christ, la création et l'homme est désormais brisé.

Cet hymne christologique nous dit aussi que "ce monde subsiste en Lui". Le monde n'existerait pas, n'existerait plus s'il ne continuait à être pétri de cette présence du Christ, dans la contemplation réciproque du Père et du Fils. Ce monde partirait dans le néant, se désagrégerait si le Christ n'était pas, encore aujourd'hui, son principe de subsistance, le fait que monde continue encore, même brisé, même déformé dans la création.

Car, et c'est le dernier point que je voudrais souligner, le Christ est aussi le facteur, le principe de la réconciliation de ce monde brisé par le péché, avec son origine qui est cet amour de Dieu, cet amour trinitaire. Le Christ, Sagesse incréée, est à l'origine de ce monde dans sa création. Le Christ, Sagesse incarnée, est à l'origine de la rédemption de ce monde. Et le Christ, Sagesse glorifiée, est aussi destiné à réconcilier, dans sa gloire première, ce monde.

Et la prédication des prophètes, lorsqu'elle annonce la fin des temps, cette apocalypse, l'annonce toujours, non seulement par la communion spirituelle avec Dieu, mais par la réconciliation du monde avec Dieu, par cette paix du paradis qui nous est décrite, par exemple au chapitre douzième d'Isaïe où les différents éléments du monde, aujourd'hui en contradiction, et en opposition, vivront dans l'harmonie. "L'enfant pourra s'amuser sans crainte sur le trou de la vipère, et le petit garçon fera paître le troupeau sans crainte."

Il y a cependant aujourd'hui, un lieu où cette réconciliation du monde et de Dieu se réalise, c'est l'Église, dont le Christ est la tête, l'Église dont le Christ est la source et la plénitude. Et au cœur même de l'Église, le lieu premier, le lieu privilégié où cette réconciliation s'accomplit, c'est l'eucharistie, lorsque les éléments matériels du monde, le pain et le vin, deviennent le corps et le sang du Christ, premier-né de toute création, premier-né d'entre les morts. En célébrant cette liturgie nous entrons plus profondément dans le dessein premier de Dieu, et aussi dans son dessein d'éternité de réconcilier toutes choses dans le Christ.

 

AMEN