POUR QUE VOUS AYEZ LA PAIX

1 Th 4,13-18 ; Jn 16,22-33

(25 mai 2000)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Vers l'autre côté …

N

ous ne voulons pas que vous soyez dans l'ignorance au sujet de ceux qui sont morts". Chers amis, frères et sœurs, je sais les pensées qui traversent votre cœur au moment où on lit ce texte. Nous aimerions avoir la belle assurance de saint Paul, ne pas être dans l'ignorance au sujet des morts. Mais, comment y échapper ? C'est d'autant plus difficile que lorsqu'on lit tous ces textes, vous l'avez entendu, on a l'impression que saint Paul fait référence à un univers qui n'est plus le nôtre : la voix de l'ange qui va sonner pour annoncer la fin du monde, et la trompette qui sonne, et les morts qui surgissent de leur tombeau. Tout cela est presque trop beau, mais trop naïf pour nous. D'une certaine manière, nous aimerions rester dans l'ignorance, bien sûr, on voudrait savoir ce qui est arrivé à Christiane, on voudrait comme pouvoir prolonger en pointillés ces derniers instants qu'elle a vécu parmi nous et savoir comment c'était "de l'autre côté". Et l'on a envie de dire à Paul : nous ne savons pas, nous resterons toujours dans l'ignorance. Comment vaincre le mur de la mort ? Comment passer de "l'autre côté" sans, comme on le dit, "y passer" ?

Pourtant, cette belle assurance de saint Paul n'est pas aussi sûre d'elle qu'on ne le croit. Saint Paul, ici, parle à une communauté toute jeune et qui est finalement dans la même situation que la nôtre, cette communauté a été confrontée à la mort. Il a eu des morts, proches de ceux qui sont là, et qui ont part à Paul de leur tristesse et de leur désarroi, en lui disant : mais alors, que veut dire tout ce que tu nous as dit ? Et cette foi en la résurrection qu'on annonce depuis vingt siècles, qu'est-ce que cela veut dire ? Et Paul réagit d'une façon admirable, il leur dit : "Recevez cette Parole qui vous a été donnée". Au fond Paul leur dit : vous êtes une communauté mais  qu'est-ce qui vous rassemble ? et nous, qu'est-ce qui nous rassemble aujourd'hui ? croyants ou mal-croyants, peu croyants ou pas croyants du tout, il y a au fond de nous à la fois une tristesse, le deuil, le déchirement, et une sorte d'indignation, ce n'est pas possible que des choses comme celle-là puissent arriver. Et Paul dit : oui vous êtes en face de qui vient de la mort, et nous sommes aujourd'hui encore dans cette même situation en face de la mort de Christiane, et nous ne pouvons pas l'accepter.

Et c'est la grandeur des humains que de ne pas accepter la mort, parce qu'elle déroute l'ordre des choses. Il y a dans cette indignation, dans ce mouvement qui frise la révolte, quelque chose de vrai, de sain. Quand on apprend aussi brutalement la mort de quelqu'un, on se dit : ce n'est pas possible ! Et ce premier mouvement est vrai et juste : ce n'est pas possible. Et Paul dit : quand nous sommes dans cette peine et ce désarroi, alors on commence peut-être à entendre la Parole qui a été donnée et annoncée. "Rappelez-vous ce que je vous ai dit, le Christ est mort et Il est ressuscité, rappelez-vous ... si Celui-là a ouvert les cieux pour nous, je vous l'ai annoncé comme une Parole donnée, non pas une Parole pour vous "avoir", non pas une Parole pour jouer avec votre souffrance, non pas une Parole pour "tenir". Mais accueillez cette Parole comme une grâce. La Résurrection, c'est vraiment de l'inouï, la Résurrection c'est vraiment ce qu'on n'attend pas, la Résurrection c'est ce qui est encore plus impossible que la mort. Et pourtant, c'est cela que je vous ai annoncé".

Si nous sommes là cette Parole nous rejoint, quelque soit l'attitude profonde que nous ayons, la seule chose que Dieu nous demande c'est de laisser à notre cœur cet espace de paix, non pas comme je le disais pour nous "faire avoir", ou nous "laisser avoir", mais pour nous laisser "saisir". C'est cela le mystère de la vie, nous voudrions avoir la maîtrise totale de notre vie, nous voudrions maîtriser notre existence, et il y a toujours ce moment de dépossession où l'on est obligé de tout lâcher, et parfois dans des circonstances aussi brutales que celles qui sont arrivées à Christiane.

Et l'apôtre nous dit simplement : au cœur même de ce désarroi, aujourd'hui encore, à nous qui sommes ici pour entourer Robert et ses filles, à nous qui avons connu et aimé Christiane, pour nous aujourd'hui, cette Parole nous est simplement offerte et donnée comme une Parole d'espérance. Accueillons-là avec cette simplicité de cœur de savoir qu'effectivement quand cette Parole-là est donnée, nous n'avons pas les moyens de la mesurer, elle nous dépasse. Laissons-nous saisir !

 

AMEN