COMME…

1 Th 4, 13-18 ; Jn 15, 13-25

Mardi de la cinquième semaine de Pâques – A

(26 avril 2005)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

I

l y a quelque temps, un couple de fiancés est venu me voir pour une préparation au mariage, et quand j'ai demandé au fiancé ce qu'était pour lui la foi, et l'Église, j'ai été très surpris de l'entendre dire d'une manière très honnête d'ailleurs, je crois que c'est tout à son honneur, qu'il considérait l'Église comme une secte, par comme les sectes que l'on connaît par ailleurs à la télévision, parce que le principe de base, c'était de prendre le contrôle de la pensée des gens. C'est vrai que certains viennent quelquefois en bon écolier pour impressionner le prêtre, mais n'en pensent pas moins, lui au moins a eu le courage de le dire, tant mieux.

Ce qu'il a dit, fait comme un écho à cette confrontation dont il est question dans l'évangile entre Dieu et le monde, entre cette Église naissante et le monde. C'est vrai que si l'on parcourt très rapidement le chapitre XV de saint Jean, on a l'impression que le discours du Christ est à l'identique d'autres discours de sectes : première partie : si vous vous coupez de moi, vous mourrez, c'est le cep, la vigne. Deuxième partie, ceux qui sont en face de vous, vous veulent beaucoup de mal, n'allez surtout pas à leur rencontre, sinon vous allez disparaître. Je crois qu'il y a quand même une grande différence, rassurez-vous, entre l'Église et une secte, c'est que pour la secte, le monde est à tout instant, diabolisé. L'évangile, lui, fonctionne très différemment. L'évangile est comme un tamis à partir duquel nous avons à essayer d'appréhender le monde. En soi, dans une secte, le monde est en principe mauvais. En soi, dans l'évangile, le monde n'est pas en principe mauvais. Il faut au contraire utiliser notre jugement, nous sommes faits à l'image de Dieu, nous devons exercer notre intelligence et notre jugement avec l'aide de l'évangile, et avec ces outils nous avons à essayer de comprendre quelle est l'articulation entre le monde dans lequel nous sommes, et l'évangile.

Le tamis qui nous proposé, la clé de lecture, c'est une petite phrase qui est juste au-dessus de l'extrait que nous venons d'entendre qui en substance nous dit cette parole de Jésus : "aimez-vous les uns les autres "comme" le Père m'aime, moi". "Comme" ! ce petit mot, "comme" a toute son importance. Nous lisons le mot "comme" en tant qu'opposition entre deux personnes, deux partis qui sont identiques, et ces deux personnes essayent de lutter pour arriver en premier, c'est un peu ce que nous dit le monde actuel quand il pense : Dieu et l'homme. L'homme est comme Dieu, et il n'a pas à s'abaisser, il doit au contraire essayer de lutter contre Dieu pour prendre la première place.

Alors que ce petit mot "comme" nous renvoie à une autre chose, "comme", c'est la dépendance. Mais la dépendance à laquelle nous renvoie ce mot n'et pas une dépendance de serviteur, de l'esclave plus exactement, mais il est question de la dépendance d'avant le péché originel. Avant le péché originel, l'homme est à l'image de Dieu, mais l'homme comme homme doit tout recevoir de Dieu. Cette dépendance n'avilit pas l'homme, mais elle est au contraire pour sa plus grande gloire qui voit ainsi s'exercer dans son cœur le principe de la confiance. C'est une dépendance entièrement tournée vers la confiance de l'homme envers Dieu. La perversion du péché originel, et la perversion effectivement de cette dépendance, est de dire : qui me permet d'être sûr que Dieu me donne tout ce dont j'ai besoin. Nous arrivons à ce moment-là à ce que ce jeune homme me disait, c'est une dépendance complètement dévoyée, une dépendance qui est fondée sur l'esclavage, l'Église étant là pour utiliser les personnes à son propre profit.

Frères et sœurs, que ce long discours de Jésus, avant son arrestation dans le jardin de Gethsémani, que nous relisons actuellement, quelques semaines après la Passion du Christ, que ce long discours nous rappelle que la vie de l'Église elle-même nous propose une dépendance confiante envers Dieu. A chaque fois que nous célébrons un sacrement, nous ne faisons pas autre chose que de remettre notre confiance dans les mains de Dieu. Chaque fois que nous célébrons un baptême, ou l'eucharistie, nous venons dans cette Église accepter le don de la vie que Dieu nous fait à chaque instant pour sa plus grande joie.

 

 

AMEN