JE SUIS LA VIGNE
Ep 3, 14-21 ; Jn 15, 1-8
Mardi de la cinquième semaine de Pâques –C
(15 mai 2001)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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I |
l y a plusieurs manières pour les enfants, de dessiner des arbres, ou bien ils dessinent d'abord un tronc, puis, ils attachent des branches, puis les feuilles et parfois les fruits. On pourrait dire que c'est l'arbre en "kit" comme ceux qu'on achèterait à Castorama, des petits morceaux qui sont attachés les uns aux autres.
Peut-être qu'en écoutant cette parabole de la vigne, nous avons pensé que Jésus nous parlait de la vigne en "kit", c'est-à-dire, il y a le cep, ce petit tronc noueux, tordu, et ensuite, il y aurait des branches attachées dessus, qui s'appellent les sarments, et finalement, les feuilles et les fruits. On ne traduit pas très bien quand on dit : "Je suis le cep et vous les sarments", car précisément le mot utilisé par Jésus, ce n'est pas le cep, mais c'est la vigne. Il est la vigne, Il est tout l'arbre, et à l'intérieur de l'arbre, il y a les sarments. Jésus ne veut pas désigner des réalités attachées les unes aux autres, Il veut désigner une réalité globale, la vigne, un arbre, un principe de vie, qui d'ailleurs devrait comprendre les racines dont on ne parle pas ici, parce que quand on dit "la vigne", on pense bien qu'elle a des racines. Et puis, à l'intérieur de cette vigne, il y a les branches, les sarments, faisant partie d'elle, et c'est ce qui permet à Jésus de dire ensuite : "Demeurez en Moi, comme Moi Je demeure en vous". Si les sarments sont extérieurs au cep, on ne peut pas dire que les sarments demeurent dans le cep, et l'on ne peut pas dire davantage que le cep demeure dans les sarments, puisque précisément ce sont deux parties de la vigne posées l'une à côté de l'autre. En fait, c'est parce que la vigne est un tout qu'à ce moment-là les sarments ont leur place. Les sarments ne sont pas des greffons, ce ne sont pas des choses qu'on ajoute, car les sarments font partie de cette totalité qu'est la vigne.
Je crois que cela fait bien comprendre ce qu'est l'Église. L'Église n'est pas ajoutée à Jésus-Christ, elle est le Corps du Christ, pas plus que notre corps n'est ajouté à notre âme, attaché à notre âme. Notre corps et notre âme sont les deux dimensions d'un seul être humain qui est l'homme et dont l'identité est d'abord dans l'âme, notre corps est animé, vivant, corps organisé par notre âme, par le principe de vie physiologique, spirituel qui est notre âme. Ainsi donc quand nous sommes le corps du Christ, et si nous voulons demeurer dans le Christ, il ne faut pas que nous nous concevions simplement comme à côté du Christ, recevant de Lui des grâces, dans une sorte de phénomène tout extérieur, mais nous sommes dans le Christ, ce qui veut dire la même chose que ce que saint Paul disait : "Ce n'est plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi". Comme les sarments peuvent dire : ce n'est plus nous qui vivons comme sarments, c'est la vigne qui vit en nous. Et donc les fruits, la grâce, sont les fruits de la vigne. Aucun des sarments ne peut s'attribuer les fruits qu'il donne. Bien sûr les fruits, les grappes de raisins sont pendues au bout des sarments, mais ce sont des grappes de raisins de la vigne, et l'on n'imagine pas de planter ou de disposer des sarments dans un vase à fleurs en attendant qu'ils produisent des raisins, cela n'a aucun sens, ce n'est pas comme cela qu'on fait du vin, ni du raisin. C'est précisément dans la mesure où les sarments sont totalement partie intégrante de la vigne qu'ils peuvent porter du fruit, et donc leurs fruits sont bien les fruits de la vigne. La grâce en nous, ce sont les fruits du Christ en nous. Bien sûr ces fruits sont totalement nôtres puisque c'est par nous qu'ils sont produits, mais ils sont totalement du Christ, car c'est Lui qui les fait germer et grandir au bout des sarments. C'est pour cette raison qu'à la fin, le Christ peut dire qu'Il veut que sa joie soit en nous, afin que notre joie soit parfaite. C'est exactement la même chose, la condition de notre existence chrétienne comme célébration et action de grâces pour le Père, ce n'est pas le résultat d'une sorte de joie que Jésus aurait distribué aux hommes comme on distribue les parts d'un gâteau d'anniversaire, on en distribue un petit morceau à chacun, mais c'est la joie même du Christ qui est en nous, c'est la grâce du Christ, l'amour du Christ et la joie du Christ qui est en nous.
Qu'en méditant cette parabole de la vigne et non pas du cep, nous redécouvrions la manière dont nous sommes du Christ et au Christ.
AMEN