DANS L'HUMANITÉ DE JÉSUS, LE SALUT DU MONDE

Rm 14, 7-9 ; Jn 15, 1-8

Mardi de la cinquième semaine de Pâques – A

(7 mai 1996)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

os relations avec Dieu sont des relations un peu lointaines, un peu distantes. On le prie, on le supplie, on se fait petit devant Lui qui nous regarde un peu de haut. Nombre des textes de la Tradition biblique vont d'ailleurs dans le même sens : "Le Seigneur siège dans les cieux d'où Il regarde les fils d'Adam". Quand Jésus dit qu'Il est le cep de la vigne et que nous sommes les sarments, il bouleverse considérablement les choses. Car vous remarquerez, frères et sœurs, que le cep et les sarments sont faits du même bois. Ce que Jésus nous explique, au moment où Il va passer de ce monde au Père, c'est que le lien entre Lui et nous repose désormais sur le fait que nous sommes pétris de la même chair, que nous avons la même nature humaine. C'est parce qu'Il s'est fait cep de vigne que nous sommes les sarments. C'est parce qu'Il a la même humanité que nous que nous recevons désormais la grâce. C'est peut-être ce qui est le plus difficile à comprendre : la communication de la vie de Dieu, tout ce qu'Il veut nous donner et que Jésus dé­crit en disant "mon Père est le vigneron qui taille et émonde grâce à la Parole qui est en vous. Sa gloire, c'est que vous portiez du fruit ", cette communication de vie qui vient du Père passe désormais par le cep qui est le Christ, le Verbe fait chair. Autrement dit, toute la communication de la grâce que Dieu veut nous donner passe uniquement et exclusivement par l'humanité de Jésus. C'est cela la nouveauté du salut. C'est de croire, comme le dit saint Paul par ailleurs, que "comme la mort est venue par un seul homme, le salut est venu par un seul homme, Jésus." Et le salut du monde aujourd'hui passe non pas par des canaux divins insaisissables, des ondes mystérieuses et trans­cendantes qui communiqueraient entre Dieu et les hommes. Cela passe par l'humanité morte et ressus­citée de Jésus.

Vous comprenez alors l'importance de l'eu­charistie. Pourquoi est-ce le corps et le sang du Christ ? C'est parce que la grâce que nous recevons passe par l'humanité de Jésus, sacramentellement présente dans le pain et le vin. Nous, les croyants disciples de Jésus-Christ, nous ne croyons pas que le salut est une sorte de pirouette magique de Dieu. C'est un salut qui passe par le cep pour arriver dans tous les sarments. Tel est le réalisme de notre foi, et c'est pourquoi c'est si diffi­cile à croire aujourd'hui, à annoncer et partager, car la plupart des gens, y compris les plus religieux, pensent que la communication avec Dieu est toujours une peu spirite. Cela se passe dans la tête. C'est ma conscience en face de Dieu. Or, cela ne se passe pas dans la tête de Jésus. Cela se passe dans son humanité, y compris son corps, son humanité concrète, les gestes qu'Il a posés, ce qu'Il a vécu et ce qu'Il est maintenant hu­mainement dans le cœur de sa vie trinitaire. Désor­mais toute la communication de l'amour trinitaire du Père, du Fils et de l'Esprit passe par le cep qui est pour nous l'humanité de Jésus. C'est pour cela que les chrétiens accordent tant d'importance à l'homme et que Jean-Paul II disait que l'homme est le chemin vers Dieu, non seulement notre humanité à nous, mais d'abord cette humanité concrète de Jésus qui est le chemin, le seul chemin pour entrer dans le cœur de Dieu. Evidemment, il y en a qui ne le connaissent pas et ne savent pas que ce chemin vers Dieu est une hu­manité, celle de Jésus. Mais nous, nous le savons. Nous le croyons. Ce n'est d'ailleurs pas si simple que cela à croire. Mais c'est le cœur de notre foi. Frères et sœurs, qu'en célébrant cette eucharistie, nous retrou­vions, à travers l'image de la vigne que le Seigneur nous a donnée, tout le réalisme, le paradoxe, le côté presque brutal de l'affirmation de Jésus : le salut du monde passe exclusivement par son humanité.

 

 

AMEN