LA VIGNE ÉMONDÉE
Rm 14, 7-9 ; Jn 15, 1-8
Mardi de la cinquième semaine de Pâques – A
(11 mai 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e profite de cette parabole pleine d'images conformes à notre observation quotidienne de la vigne que vous avez peut-être vue ce week-end en vous baladant, pour vous permettre de mieux entrer dans un mystère extrêmement précis et profond de l'homme et de Dieu.
Lorsque les sarments poussent trop et qu'ils s'élancent vers le ciel comme des ramures trop flexibles, non seulement ils ne portent pas de fruit mais leur attache au cep, à la base, est si faible que, parfois lorsqu'un animal passe ou que le vent souffle trop fort, ce sarment se détache et se casse. C'est pourquoi on coupe les sarments, on coupe la tête pour qu'à la base, ils soient davantage ancrés au cep. Et d'ailleurs, plus on leur coupe la tête, plus les sarments donnent des fruits. Plus le sarment est enraciné dans le cep, plus il est fécond et plus il donne de bons et nombreux fruits.
C'est la comparaison que le Seigneur choisit pour nous signifier que nous sommes attachés à Lui dans l'invisible. Nous avons l'impression d'aller et venir librement par rapport à Lui, de nous lever, de vivre un peu sans Lui, et de temps en temps de nous attacher à Lui, par choix intérieur. Mais Jésus a décrit ce mystère de telle façon que nous ne soyons pas confrontés et obliges de le connaître mais que nous ayons envie de nous attacher vraiment à Lui. En fait, le sarment que nous sommes est forcément attaché à Dieu, car nous ne pourrions pas respirer, et la sève même de notre vie ne pourrait pas passer. Nous ne sommes pas très indépendants, il nous faut manger, dormir pour retrouver une relative autonomie d'énergie. Donc, nous sommes dépendants de Dieu, invisiblement car Il s'est arrangé pour que cela ne se voit pas du tout. Les gens que vous voyez dans la rue n'ont pas de fil à la patte, n'ont pas de fil qui les attache au ciel. Cela ne serait pas très pratique. Et pourtant il y a un fil qui nous relie au ciel, mais c'est à nous de décider si nous l'acceptons ou pas. Si nous disons non, nous continuons à vivre, car Dieu est plus grand que nos choix et nous passerons toute notre vie à croire que nous n'avons pas de fil sur la tête. Et pourtant nous sommes tout à fait reliés au ciel et toute minute, tout instant de notre vie dépend entièrement de Dieu, totalement. La respiration, tout ce qui est vivant, en nous, dépend de Lui. Nous tirons tout de notre vie de Lui.
Les chrétiens sont ceux qui reconnaissent qu'ils sont attachés à Dieu, non pas ligotés, mais doués d'une façon de communiquer avec le secret du Père, avec le secret du cœur de Dieu. Les chrétiens savent qu'ils ne sont rien sans Dieu, qu'ils ont besoin de Lui pour toute chose. Alors nous qui, comme chrétiens, nous reconnaissons attachés à Dieu, demandons-Lui que nous soyons amoureux de cette attache, de cette ligature et que nous aimions nous retrouver en Lui pour nous reposer en Lui. Car lorsque nous venons à l'église c'est bien pour nous reposer en Dieu, pour retrouver cette attache, ce lien, ce lien vivant, ce lien de joie et d'allégresse qui renouvelle, renverse notre cœur de la fausse autonomie que ce cœur croyait vivre, et découvre qu'il est attendu, qu'il est attache, qu'il est soigné par le Seigneur qui est le vigneron.
Puisque nous allons recevoir le fruit de cette vigne et le fruit des champs, le pain et le vin, soyons heureux de le recevoir comme des sarments qui reçoivent leur sève et peuvent ainsi porter beaucoup de fruit, pour nous et pour tous les autres.
AMEN