LA VIGNE

Rm 14, 7-9 ; Jn 15, 1-8

Mardi de la cinquième semaine de Pâques – C

(19 mai 1992)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette parabole de la vigne est l'équivalent jo­hannique de la parabole du corps qu'affec­tionne tant saint Paul. Pour désigner l'Église, l'Église dans son union intime, fondamentale avec le Christ, Paul dit : "Le Christ est la Tête, l'Église est le corps." La Tête d'où part toute intention, tout influx nerveux, tout mouvement, où se concentre toute vie. Et saint Jean nous dit : "Le Christ est le cep" et l'Église c'est l'ensemble des branches, des sarments. Certes l'image de saint Paul est plus organique, mais celle de Jean manifeste peut-être davantage la fé­condité car il peut insister sur les fruits que portent les sarments à cause de cette sève qui circule en eux comme l'influx nerveux dans le corps, cette sève qui circule du cep dans les sarments.

Non seulement nous puisons notre vie à la source du Christ, mais cette vie nous traverse et va au-delà de nous, au-delà de la branche. La sève venue des racines et du cep donne la fleur et puis le fruit. La vie de Dieu qui est amour est constant dépassement constant rayonnement, constante démultiplication. La vie ne s'arrête pas à un certain degré de développe­ment, mais elle va toujours plus loin. C'est le propre de la vie. La vie, nous ne l'avons que pour la donner et c'est pourquoi elle est un signe, un symbole très parlant de ce qu'est cet amour de charité, cette vie surnaturelle qui ne nous est donnée que pour que nous la donnions. C'est la loi fondamentale de l'évangile. On ne possède que ce que l'on donne. Refermer les mains pour accaparer le don de Dieu, c'est non seule­ment en priver les autres, mais c'est nous en priver nous-même car ce don de Dieu se stérilise et devient moribond, puis il se dessèche. Et quand le sarment est desséché, il ne reste plus d'autre solution que de le couper et de le jeter au feu car il ne peut plus revivre, il ne peut plus rien produire et il s'est lui-même condamné à la mort par son dessèchement. La mort n'est pas une punition, elle est la conséquence de cette séparation des sarments d'avec le cep, d'un membre du corps d'avec la tête.

Alors, si nous voulons être l'Église, si nous voulons être membre de cette Église vivante, il faut que sans cesse la sève circule entre le Christ et nous, il faut que sans cesse le sang, l'influx nerveux passe de la tête au corps, il faut que sans cesse des fruits naissent au bout de nos branches, il faut que sans cesse l'amour que nous tenons tout entier du Christ dépasse nos propres limites pour communiquer sa vie plus loin, toujours plus loin. Ainsi l'Église se construit par la force vivifiante du Christ à travers les généra­tions, à travers les siècles de personne en personne, de cœur en cœur, d'amour en amour, afin que Dieu soit tout en tous et puisse tous nous rassembler en un seul Royaume.

 

 

AMEN