PAR L'AMOUR DU CHRIST
Rm 8, 31-39 ; Jn 14, 1-6
Lundi de la cinquième semaine de Pâques – B
(7 mai 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Qui nous séparera de l'amour du Christ ?
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rères et sœurs, je vous jure que ce n'est pas un fait exprès, mais si vous avez écouté attentivement l'oraison sur l'assemblée au début de cette eucharistie, on demande à Dieu "qu'au milieu des changements du monde nos cœurs s'établissent fermement là où se trouvent les vraies joies". Je crois que c'est une des rares oraisons du missel où il est question des changements de ce monde, ce n'est pas de la propagande, c'est simplement un fait et il est manifestement illustré par l'épître aux Romains dont nous avons lu un passage tout à l'heure.
L'épître aux Romains est un peu le catéchisme de saint Paul. Saint Paul devait aller voir la communauté de Rome qu'il n'avait jamais rencontrée. Comme il savait qu'il y avait là des gens très savants, déjà très bien formés, il a voulu manifester ce qu'était son évangile, ce qui explique cette tournure un peu compliquée de l'épître aux Romains, son didactisme comme on dirait aujourd'hui, mais en même temps, sa richesse car il fallait qu'il montre toutes ses capacités.
Or, que montre-t-il exactement ? il montre ce qu'on a entendu tout à l'heure. Après avoir développé toute l'histoire du salut, depuis Abraham en passant par tous les prophètes, la venue du Christ, le baptême, l'entrée dans la vie de l'Église, Paul conclut cette partie majeure de son épître par une sorte de moment émerveillé dans lequel il s'écrie : "Mais que dire après cela ?" Il vient d'expliquer tout ce que Dieu a fait aussi bien pour les païens que pour les juifs et il dit : "Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?" Voilà exactement la pensée de Paul. Il est conscient que l'histoire de la première génération chrétienne est considérablement bouleversée. Cela ne s'est pas passé comme on aurait pu l'imaginer : une conversion massive du peuple juif, et ensuite les païens entraînés dans ce mouvement d'adhésion à Jésus-Christ comme Messie et comme Sauveur de l'humanité.
Ce sont les changements de ce monde. Dieu a un plan et dans la réalité même de ce qui se passe dans l'histoire et que Paul constate, à la fois la réussite de sa mission auprès des païens et l'échec de sa mission auprès des juifs, tout à coup, il réalise que Dieu a toujours été le même et toujours constant. C'est dans cela qu'il peut dire une chose magnifique qui est comme le cri du cœur de tout chrétien devant l'admirable plan du salut de Dieu. Il dit : "Qui pourra se faire l'accusateur ? Si Dieu nous a pris dans sa miséricorde et son salut pour nous arracher à la mort et au péché, qui pourra se lever comme accusateur contre nous ?" Même pas le Christ qui pourtant est le juste par excellence, qui pourrait dénoncer notre péché et nous y laisser. Non, le Christ qui est mort et est ressuscité et est à la droite de Dieu, intercède pour nous en réalité n'est pas l'accusateur, mais il est le défenseur.
Et jaillit alors ce magnifique cri d'admiration : "Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ ? L'angoisse, la persécution, la faim, les périls, le glaive ?" Paul explique que quoiqu'il arrive dans les changements de ce monde, il n'y a qu'une chose sur laquelle on peut véritablement fonder toute sa vie, et pour Paul, c'est ce qu'il a fait, c'est sur l'amour du Christ. Ni la vie, ni les dangers, ni les périls, ni tout ce qu'il a vécu de difficile et de douloureux et de ruptures, tout cela c'est le moment où s'est manifestée la puissance de l'amour du Christ. C'est donc un message de continuité, de fidélité et de l'amour de Dieu pour nous, mais aussi de l'amour que nous devons avoir pour Dieu.
En fait, ce que Dieu veut c'est que la continuité et la fidélité de son amour resplendissent quoiqu'il arrive. Quoiqu'il semble parfois se mettre en travers de l'humain et de la réalisation du dessein de Dieu, c'est toujours cet amour-là qui sera vainqueur, c'est toujours la puissance de l'amour du Christ manifesté par sa résurrection qui nous conduira vers l'achèvement de l'histoire, vers le rassemblement de toutes choses dans le Christ.
AMEN