NOTRE PLACE
Rm 8, 31-39 ; Jn 14, 1-6
Lundi de la cinquième semaine après Pâques – C
(10 mai 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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a vraie place de l'homme n'est pas ici, elle est ailleurs. C'est ce vieux fond religieux qui inspire à l'homme cette nostalgie qu'il n'est pas arrivé, ou qu'il n'est pas à sa place.
On trouve dans la littérature juive et quelquefois chez les chrétiens, cette tradition de l'errance. On le trouve davantage dans les sagesses orientales où l'homme prend progressivement conscience qu'il n'est pas chez lui, qu'il n'est pas arrivé, qu'il y a été, qu'il en a gardé comme un souvenir, et qu'il va y retourner. Le chemin du monde est un chemin au cours duquel on entend les choses qui nous sont familières, comme lorsqu'on retourne à la maison, après un long voyage, les charmilles, les couleurs, le bruit de nos pas sur les feuilles dans les sentiers, tout cela commence à nous rappeler que nous rentrons "chez nous", nous rentrons dans notre maison.
A force de vivre, nous pouvons croire que notre voyage c'est cela la vie, que cette errance, nous n'aurons qu'elle à sous mettre sous la dent. Mais nous ne sommes pas d'ici. Il y a en nous une marque secrète que nous appartenons à quelqu'un d'autre qui va venir, qui va revenir nous chercher. Nous avons été un peu comme des brebis qui ont erré, qui se sont un peu perdues, et qui progressivement entendant la voix du pasteur reprend le chemin du retour. Ce retour, je crois que c'est le vieux fond de notre attente qui gît et qui s'inscrit parfois douloureusement dans l'âme. Nostalgie de notre place, du lieu. Jésus a dit : "Je vais vous préparer une place et je reviendrai vous chercher". C'est ce grand mouvement, quand Il est venu visiter les hommes, Il est venu dire qu'Il n'était pas simplement de ce monde-là, lui, mais aussi les hommes : vous n'êtes pas uniquement de ce monde-là, ne vous y arrêtez pas comme si vous deviez y durer, et vous y installer. C'est pour cela que souvent, dans l'évangile, il est question d'une sorte de départ, sandales aux pieds, ceinture aux reins, ne vous encombrez donc pas. Il vous faut partir. Et ce n'est pas comme on l'a dit souvent, une sorte d'invitation à un mépris du monde, ou à une espèce d'apprentissage de la mort. Non, c'est l'apprentissage de quelqu'un qui sait qu'il ne trouvera pas ici la place définitive, comme Augustin qui se lamentait de ne pas trouver ici de repos. Le repos est ailleurs.
Jésus va venir nous chercher, Il va venir nous reprendre.
J'imagine la suite, mais c'est mon imagination personnelle. Il va nous présenter au Père. J'aime beaucoup cette idée que le Christ va nous présenter les uns après les autres, non pas pour nous défendre, le Père n'exerce aucun jugement sur nous, mais Ils vont se raconter l'un à l'autre ce que je suis, et cela va leur plaire. C'et cela la discussion trinitaire. Moi, je n'enseigne pas la Trinité, donc je peux rêver n'importe quoi, mais j'imagine que la grande discussion entre le Père et le Fils, tous les jours concerne chacun de nous. Cela leur plaît de parler d'Huguette, de Jean-François, de Françoise, cela leur plaît l'histoire des hommes. Ils vont nous baigner dans l'Esprit Saint pour cette histoire s'achève et que nous trouvions la place, non pas parmi les nuages, non pas dans des célébrations éthérées, mais la place dense, intense, à la fois de lumière, de vie, dont nous avons goûté les prémices et le commencement et que nous allons boire à pleine eau. Ils vont nous baigner dans l'Esprit Saint, cela fera un peu mal comme disent les enfants, au début, mais après, cela ira mieux quand on sera totalement divinisé, quand toute notre chair aura trouvé couleur d'or. C'est cela la vieille idée de l'alchimiste, ce n'est pas la pierre qui devient de l'or, c'est la chair de l'homme qui devient or.
Préparons-nous à ce retour à notre place, et là, nous dirons : c'est pour cela que j'ai vécu, c'est pour arriver là, c'est pour arriver auprès de cette conversation trinitaire, être plongé dans l'Esprit Saint et à tout jamais vivre avec eux, vivre en eux, vivre face à eux, dans cette lumière intense. Que le Seigneur nous donne la foi dans ce regard de Dieu.
AMEN