LA JOIE DE LA FOI

Col 1, 12-20 ; Jn 15, 18-25

Lundi de la cinquième semaine de Pâques – B

(22 mai 2000)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

A

u cours de son dernier repas Jésus partage avec ses disciples un certain nombre d'attitu­des et dans ce texte précisément, c'est l'atti­tude que les disciples doivent avoir par rapport au monde, ou plutôt l'attitude que les disciples doivent avoir quand ils entrent en conflit avec le monde. C'est un des textes fondateurs pour comprendre le rapport entre l'Église et le monde. On pourrait distinguer sans vouloir faire trop l'histoire, trois périodes inégales en longueur et en intensité. La première, c'est l'époque des martyrs, tous ceux qui sont entrés avec leur chair dans ce combat, le combat qui leur était livré et les martyrs disent une chose essentielle : l'unité de la tête et du corps, et à travers ce texte on comprend que cette unité de la tête et du corps manifeste aussi l'unité entre le Père et le Fils puisqu'Il dit : "Ils m'ont haï sans raison et ceux qui m'ont haï, haïssent aussi mon Père". Les martyrs signent l'homélie du Frère Daniel d'hier, mais signent aussi comme cette unité n'est pas d'abord fonctionnelle, mais cette unité est une appar­tenance vitale à un corps. Si la tête est passée, alors le corps doit y passer aussi, c'est la loi naturelle, mais c'est aussi la loi dans la grâce. Pour ces martyrs, la croix est comme un goulet, et si la croix est passée, le corps aussi va passer, comme dans cette sorte d'en­fantement très particulier de l'Église dans le monde.

Ensuite, les rapports avec le monde se sont améliorés, je pense à l'Edit de Constantin au début du quatrième siècle, ce rapport s'est simplifié et le com­bat s'est déplacé, avec par exemple tous ces moines qui sont partis au désert. Comme il n'y avait plus de combat extérieur, le combat s'est déplacé à l'intérieur, on a ouvert les portes d'un nouveau combat, un com­bat spirituel. On a longtemps pratiqué et l'on pratique encore ce combat spirituel, en fait le combat s'était déplacé, mais en se déplaçant, en focalisant sur ce combat spirituel, on a peut-être aussi oublié le monde. Puisque le combat est à l'intérieur de nous et se dépla­çait, puisque c'était contre ce qui nous éloigne de Dieu, de ces forces en nous qui nous bloquent, nous avions tendance à oublier le monde.

Il y a eu et il y a encore maintenant une autre période, ce temps qui a été ouvert par le concile Vati­can II qui a essayé d'entamer un dialogue profond avec le monde, il y a eu un grand Pape comme Paul VI et Jean-Paul II à sa suite, Paul VI dans une ency­clique annonce au monde moderne que le divorce entre la culture et la foi était très grave. Donc, l'Église a commencé tout un travail de discernement et de dialogue, elle le faisait déjà, mais il s'est renforcé. C'est toute la différence entre l'Église et une secte. Une secte va diaboliser le monde, pour une secte, le monde est mauvais, et c'est une façon de garder les disciples à l'intérieur de la secte, puisque tout l'exté­rieur est mauvais ils ont intérêt à rester à l'intérieur. Et quand ils témoignent, quand ils viennent sonner à notre porte, ce n'est pas par joie de l'annonce, mais c'est à cause de la peur. La secte qui diabolise le monde ne va pas chercher à discerner ce qu'il y a aussi de valable dans le monde, ce qui est pierre d'at­tente, une secte ne va pas chercher à nous évangéliser, mais plutôt à répondre à cette angoisse qui est créée par cette diabolisation du monde. Sachons nous, à l'inverse, en Eglise, sachons discerner et envisager le monde avec tout ce qui est pierre d'attente, sachons aussi discerner ce qui ne pèse pas grand-chose, ce qui freine le monde, ce qui est à dénoncer quelquefois même, pour annoncer le trésor de notre foi.

 

 

AMEN