GLORIFIÉ EN SA PASSION

Rm 8, 31-39 ; Jn 13, 31-35

Lundi de la cinquième semaine de Pâques – A

(6 mai 1996)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, dans ce bref passage du dis­cours d'adieu de Jésus à ses disciples est contenu tout l'essentiel du paradoxe de la Pâ­que du Christ et du salut qui est le nôtre.

C'est au moment précis où Judas, ayant pris la bouchée que Jésus lui tendait, est sorti parce qu'il faisait nuit dans son cœur autant que dehors et que Satan s'emparait de lui, c'est à ce moment précis où Judas est sorti pour aller livrer Jésus, pour aller Le vendre au prince des prêtres, c'est à ce moment précis où s'engage le drame de la Passion, où Jésus est livré comme une chose, un objet, une rançon, à la méchan­ceté des hommes, à la haine des juifs et au mépris des romains, c'est à ce moment-là que Jésus s'écrie "maintenant le Fils de l'Homme est glorifié."

La gloire de Jésus, cette gloire du Père qui se manifeste en Lui, cette gloire que Dieu manifeste dans le Fils, elle coïncide avec le drame de la Passion, avec la trahison de Judas et la déréliction dans la­quelle Jésus va être précipité. Il y a pour l'Evangéliste saint Jean, qui le souligne de façon extrêmement pré­cise, une identification entre la Passion de Jésus, son chemin de croix, sa mort et sa gloire. C'est la même chose. Saint Paul dit la même chose dans l'épître aux Romains : "Dieu n'a pas épargné son propre Fils. Il l'a livré pour nous." C'est pourquoi rien ne peut nous séparer de l'amour du Christ. Par cet amour du Christ, nous sommes vainqueurs. Vainqueurs des périls, du glaive, de la nudité, de la faim, de la persécution, de toutes les créatures, de toutes les Principautés, des Anges, du présent, de l'avenir, des Puissances de l'En­fer. Nous sommes vainqueurs parce que Jésus a été livré, n'a pas été épargné. Maintenant le Fils de l'Homme est glorifié. La gloire de Dieu n'est pas une gloire de ce monde. "Mon Royaume n'est pas de ce monde " disait Jésus. La gloire de Dieu, c'est l'épipha­nie, la manifestation de son amour donné, livré, offert, remis entre nos mains, de son amour bafoué, mais jamais plus profond, intense, total, que lorsqu'Il s'of­fre précisément en sacrifice, qu'Il souffre pour ceux-là qu'Il aime et qu'Il sauve. Cet amour qui est la signifi­cation profonde de Dieu car Dieu est amour. Dieu nous a aimés le premier. Il nous a aimés quand nous ne l'aimions pas et n'étions pas aimables, quand il n'y avait rien en nous de digne d'être aimé. C'est cela la manifestation suprême de l'amour de Dieu, de cet amour gratuit, fondamental, radical, par lequel Dieu prend l'initiative et se donne sans que nous n'ayons rien demandé.

Frères et sœurs, tel est le paradoxe de la Pâ­que du Christ. C'est le Christ offert, c'est le Christ dépouillé, c'est le Christ déchiré, c'est le Christ trans­percé qui est notre salut, qui est notre gloire, qui est la source de toute vie, la source de notre résurrection. Le Christ ressuscite à partir de sa mort. C'est parce qu'Il a donné sa vie qu'Il peut donner la vie. C'est parce qu'Il s'est dépouillé de Lui-même qu'Il peut nous revêtir de sa gloire. La gloire de Dieu, c'est de se donner, de se dépenser sans compter, de gaspiller ses dons pour des gens qui n'en sont pas dignes et qui, à la limite, n'en veulent pas ou les refusent. L'amour de Dieu sans limites ni rivages, que rien ne peut arrêter. "Rien ne pourra nous séparer de l'Amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus Notre-Seigneur." Si nous voulons nous laisser prendre par cet amour, si nous acceptons d'être aimés, si nous acceptons que Dieu soit la source qui donne sens et force à notre vie, rien ne pourra nous en séparer.

 

 

AMEN