ILS VOUS PERSÉCUTERONT

Col 1, 12-20 ; Jn 15, 26-16, 4

Lundi de la cinquième semaine du temps pascal – C

(28 avril 1986)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette page d'évangile est donc l'annonce des persécutions, mais la signification de ces per­sécutions nous est donnée par ces paroles du Christ : "Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a pris en haine avant vous. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi." Les persécutions, les souffran­ces de nos frères chrétiens à travers l'histoire et au­jourd'hui encore à cause de leur foi, trouvent leur sens dans leur identification à la passion du Christ. C'est parce que Jésus a Lui-même souffert à cause de son affirmation de sa filiation divine, de sa mission de Messie, de sa venue sur la terre comme Fils de Dieu devenu homme.

En effet, Jésus est le "Premier-né" de toute la création, c'est-à-dire non pas qu'il serait la première des créatures, mais toute la création est faite à son image, tout se modèle sur le Christ. Et la vie, le foi­sonnement de tous les êtres, tous les dons répandus par la terre sont une image du Christ, en qui tous les dons se récapitulent. Mais il est aussi le "Premier-né d'entre les morts" c'est-à-dire que tout ce qu'il y a de négatif dans l'histoire du monde, le péché des hom­mes, la souffrance, la mort et plus spécialement les persécutions, tout cela aussi nous configure au Christ. Non pas que le Christ, par sa nature, porte en Lui quelque négativité, mais précisément, Lui qui est tout amour, Lui qui est toute vie, Lui est toute joie, a voulu prendre sur Lui la souffrance des hommes, le péché des hommes, tout le mal du monde, pour être, là aussi, le premier-né, être là aussi notre référence et l'image à laquelle nous sommes configurés.

C'est dire que non seulement nous marchons avec le Christ et non seulement nous nous identifions au Christ, nous imitons le Christ dans tout ce qu'il y a de positif dans notre vie, mais même dans ce qui est négatif, même dans tout ce qui vient altérer cette vie, la briser, éventuellement la détruire, même en cela le Christ nous précède et nous pouvons marcher sur ses traces et nous configurer à Lui. Il a pris sur Lui toute la souffrance, tout le péché et tout le mal des hommes et du monde, pour que, même dans la souffrance, même quand nous nous découvrons pécheurs, même quand le mal s'abat sur nous, nous ne soyons pas seuls, mais nous soyons avec Lui et nous puissions savoir que cette proximité avec Lui donne sens même à ce qui n'en a pas, ou plutôt à ce qui est un non-sens ou un contre-sens.

Ainsi toute la vie chrétienne, y compris dans ses éléments de souffrance, est une vie avec le Christ. Et tout est ainsi transfiguré. Que les éléments positifs de la vie soient transfigurés, nous l'admettons facile­ment, mais que les éléments négatifs de notre vie puissent aussi être transfigurés, c'est là que se mani­feste l'incomparable et l'extraordinaire tendresse de Dieu pour nous. Oui, Dieu nous aime jusque-là. Il a voulu prendre sur Lui notre mal, pour que même quand nous sommes assaillis par le mal, quelle que soit l'origine de ce mal, nous puissions nous recon­naître en Lui, nous savoir proches de Lui, nous savoir pris dans sa main, et nous savoir conduits par Lui jusqu'au terme qui est l'amour de Dieu. L'amour de Dieu, nous le découvrons à partir de tout ce qu'il y a de positif, mais aussi à partir de tout ce qu'il y a de négatif dans notre vie, car l'amour de Dieu est si puis­sant, qu'il remplit tout, qu'il donne un sens à tout, qu'il transforme tout et qu'il conduit tout à ce terme qui est la communion parfaite avec le Christ, et à travers Lui, avec le Père.

 

AMEN