HEUREUX SEREZ-VOUS !

Rm 8, 31-39 ; Jn 10, 27-30

Lundi de la cinquième semaine de Pâques – B

(6 mai 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN

S

 

achant cela, heureux serez-vous si vous le fai­tes !" Que faut-il donc savoir ? D'abord que le Christ est l'envoyé du Père, qu'Il s'est fait esclave, obéissant jusqu'à la mort et la mort de la croix. Ce qu'il faut savoir, c'est que Lui qui est Fils de Dieu s'est mis à genoux devant les hommes pour leur laver les pieds en signe de bénédiction, en signe de service, en signe de pardon. Ce qu'il faut savoir, c'est que le Fils s'est fait homme pour que l'homme puisse connaître Dieu.

La deuxième chose qu'il faut savoir c'est que si le Christ esclave s'est mis à nos genoux pour nous supplier de nous convertir, de nous laisser laver les pieds, et tout le reste, par Lui, pour qu'Il achève en nous son œuvre de salut, nous devons aussi faire pour les autres ce qu'Il a fait pour nous. "Ce que j'ai fait pour vous, c'est un exemple, faites-le pour les autres." Le Christ a donné sa vie. Pour être disciples, nous devons donner notre vie. Voilà ce qu'il faut savoir.

Et nous en serons heureux. Dans l'évangile, il y a souvent cette promesse de la béatitude. Pas sim­plement de la béatitude lorsque nous verrons Dieu face à face, mais de la béatitude de ceux qui croient et qui vivent dans la Loi, dès cette terre. Et le texte de l'épître aux romains, nous fait saisir que "être du Christ" c'est être comme Lui "serviteur" et donc connaître la souffrance, la croix et la mort, l'apparent échec, l'échec humain, l'échec aux yeux du monde. Saint Paul lui-même s'est fait esclave du Christ pour pouvoir annoncer cette folie, ce scandale de la croix. Il l'a annoncé par sa prédication, il l'a annoncé par sa vie, il l'a annoncé par les persécutions qu'il a subies jusque dans la mort, dans son martyre à Rome.

Mais vous avez pressenti qu'au milieu de ces persécutions, ces tribulations, cette faim, ces périls, ce glaive, ces coups qu'il a reçus, il y a chez saint Paul cette certitude que "rien ne peut le séparer de l'amour du Christ." Et c'est cette certitude fondamentale que rien au monde, même les choses les pires du monde, rien ne peut le séparer de l'amour du Christ et de cette certitude naît la réalisation de cette promesse de béa­titude. Sachant tout cela, heureux serez-vous si vous le faites !

Heureux serez-vous si vous le vivez, heureux serez-vous si vous l'accomplissez comme Moi-même je l'ai accompli. Et à ce moment-là, comme le Christ, je pense, à certains moments de notre vie, sous l'ac­tion de l'Esprit Saint, nous pourrons tressaillir de joie, tressaillir d'allégresse, parce que les choses qui vien­nent du Père nous seront révélées. Révélées à travers notre propre vie, révélées comme une victoire, la victoire de notre foi, à travers notre propre combat dans ce monde. Combat que nous avons à vivre, com­bat à côté duquel nous ne pourrons pas passer si nous sommes du Christ. Si nous passons à côté de ce com­bat, il faut nous interroger : c'est que nous ne sommes plus serviteurs à l'image du Christ.

Qu'en cette eucharistie, nous demandions à Dieu de connaître cette béatitude ce bonheur et cette joie qu'Il a promis. Non pas cette joie psychologique qui vient de nous-mêmes et qui est la nôtre, lorsque nous sommes heureux de tel ou tel évènement, de tel ou tel sentiment, mais cette joie qui vient du Christ. C'est Lui qui nous la donne : "Heureux serez-vous !" C'est Lui qui la promet, cette joie ne se confond pas avec la joie humaine, même si parfois elle la rejoint, mais c'est certitude fondamentale qu'en vivant du Christ nous le laissons accomplir en nous son œuvre de salut, nous le laissons se mettre à genoux devant notre propre humanité pour qu'Il la purifie de nos péchés. Et, en voyant cela, en voyant le Christ esclave devant nous, et en nous saisissant dans cette image vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis du monde aussi, nous ressentons ce bonheur, cette joie profonde dont le Christ nous a dit que personne ne pourrait nous l'enlever.

 

AMEN