SERVITEURS ET AMIS

Rm 8, 31-39 ; Jn 13, 16-20

Lundi de la cinquième semaine du temps pascal – B

(10 mai 1982)

Homélie du Frère Michel MORIN

C

 

e passage de l'évangile est tiré du chapitre treizième de saint Jean. Il vient immédiatement après le lavement des pieds, lorsque le Seigneur a pris un linge, et qu'Il a lavé les pieds de ses disciples pour leur manifester deux choses, d'abord qu'Il était serviteur, et ensuite qu'Il était sauveur, et qu'Il venait pour vivre avec eux la communion intime qu'Il vit depuis toujours avec son Père. Il annonce dans cet évangile, que "celui-là qui mange son pain avec lui, a déjà levé son talon". En citant ce psaume, Il désigne Judas qui allait le trahir. Il annonce également sa mort afin qu'après sa mort, ses disciples croient qu'Il est "Je suis", qu'Il est Dieu-avec eux, qu'Il vient mourir pour eux afin qu'ils vivent de sa vie.

Je voudrais seulement un instant retenir deux phrases de cet évangile : la première et la dernière. Dans la première Jésus dit avec solennité, avec force marquée par cet emploi double qui est propre à saint Jean : "En vérité, en vérité, l'esclave n'est pas plus grand que son maître. Celui qui est envoyé, n'est pas plus grand que celui qui l'envoie." Et c'est un fait que, nous-mêmes, hommes créés par Dieu, baptisés dans le Christ, nous restons ses esclaves, ses serviteurs. Nous sommes "serviteurs de son désir" comme dit le psaume, nous sommes serviteurs de son dessein sur ce monde, ce dessein de développement, ce dessein de progrès, ce dessein d'achèvement, selon l'ordre de la création elle-même. Le serviteur que nous sommes chacun ne peut pas vouloir devenir comme le maître, ne peut pas vouloir régir le monde comme si lui-même était le maître du monde et son propre maître.

De même, nous sommes envoyés par Dieu, envoyés par le Christ et nous avons à annoncer ce que Lui-même a annoncé et non pas ce qu'il nous plairait d'annoncer, de dire ou de faire d'une façon ou d'une autre. Et cela doit nous garder dans deux sentiments, celui d'abord de l'humilité car nous sommes plus petits, car nous sommes envoyés, car nous sommes seconds, car nous sommes serviteurs. Mais en même temps celui de l'admiration car nous sommes serviteurs d'un maître qui est Dieu, nous sommes les envoyés d'un ambassadeur qui est Fils de Dieu, témoins de l'amour de Dieu. Il y a là, j'allais dire une différence, il y a là entre Dieu et nous une distance qui ne disparaîtra jamais. Même quand nous serons au ciel nous serons toujours serviteurs, nous serons toujours créés même si nous vivrons dans la communion parfaite.

Et la deuxième phrase que je voudrais juste développer, c'est la dernière qui ouvre une autre conception complémentaire et essentielle. Car si nous sommes serviteurs, si nous devons le rester, nous sommes aussi amis et nous devons le devenir chaque jour. Quand le Seigneur nous dit, et là encore Il le souligne avec force :"En vérité, en vérité, Je vous le dis, celui qui vous reçoit me reçoit et reçoit Celui qui m'a envoyé." Nous sommes serviteurs et nous sommes établis, totalement, dans la communion parfaite avec Celui qui nous envoie. Nous sommes ouvriers, mais nous sommes établis profondément dans la communion parfaite avec notre Maître. Serviteurs et amis. Serviteurs parce que nous devons vivre pour Dieu. Amis parce que nous devons vivre de Dieu. Et c'est pour cela que le Christ révèle à ses disciples le secret que, seul un ami peut révéler à un autre ami, celui de sa mort, celui de sa destinée, celui qui touche au plus profond de lui-même. "Je vais être livré. Je vous annonce cela afin que lorsque ce jour arrivera, vous croyiez que Je Suis. ''

Frères et sœurs, que cette eucharistie, dans laquelle le Christ se livre en tant que maître, que cette eucharistie nous révèle que nous sommes serviteurs de ce don qu'Il nous a fait. Mais nous ne serons vraiment serviteurs de ce don que si nous devenons, chaque jour, de plus en plus amis du Donateur.

 

AMEN