LA PORTE NE SE FERMERA PLUS
Ph 3, 7-14 ; Jn 10, 1-10
Mercredi de la quatrième semaine après Pâques – C
(5 mai 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
|
C |
e petit passage de l'évangile de Jean n'est peut-être pas aussi simple que ce qu'on a l'habitude d'entendre lorsqu'on le proclame. D'abord, on pourrait penser que la simplicité vient du fait que Jésus dit une chose, c'est une parabole, on ne la comprend pas, alors Il l'explique. Mais si on regarde bien le texte, l'explication n'est pas exactement ce que disait la parabole. En effet, Jésus prend cette image, Il dit : "Celui qui n'entre pas par la porte dans l'enclos des brebis, qui escalade, est le voleur et le brigand. Celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis". Et ensuite, ce pasteur étant entré, les brebis vont le suivre, elles vont marcher à sa suite parce qu'elles écoutent sa voix. Si on demandait maintenant à n'importe lequel d'entre nous de donner l'explication de cette parabole, vous diriez : Jésus est le bon pasteur. Jésus entre par la porte, Il va chercher ses brebis, Il les fait sortir, et les brebis suivent Jésus.
Et voilà ce que dit Jean : "puisqu'Il leur tient ce discours mystérieux, et que les disciples ne comprirent pas ce dont il leur parlait, alors Jésus dit : "En vérité, en vérité je vous le dis, Je suis la porte des brebis". Il ne dit pas : Je suis le pasteur, mais Il dit : Je suis la porte des brebis. Donc, l'interprétation n'est pas du tout la bonne. On pourrait se demander ce que le Seigneur veut dire à ce niveau-là. Rassurez-vous, au verset onze, Jésus va dire : "Je suis le bon pasteur". Alors, ouf ! notre proposition est sauvée. Mais Il a voulu d'abord faire comprendre qu'avant d'être le pasteur, Il est la porte.
Cela me semble intéressant parce que vous le savez le "Je suis" dans l'évangile de Jean c'est l'affirmation du nom de Dieu, Yahvé, Je suis, Je suis "l'Existant". Quand Jésus dit : "Je suis la porte", il manifeste sa divinité, et à travers la dimension symbolique de la porte, Il manifeste une identité propre à Dieu. Ce qui est intéressant me semble-t-il ce serait de réfléchir à tout ce que la porte signifie, mais ce serait trop long ici. Cela ferme, et cela ouvre. Une porte peut sceller, elle peut cacher, elle peut préserver, elle peut donner de l'assurance, et en même temps, c'est la porte qui va faciliter le passage, c'est ce qui va permettre une communication ou une communion. Lorsque Jésus affirme qu'il est la porte, Il affirme en fait d'abord, qu'il est ce qui garde, ce qui préserve, ce qui clôt le mystère de Dieu en même temps que ce qui permet la communication ou la communion. Ainsi, on pourrait, à la suite de certains Pères de l'Église, comprendre deux choses, c'est que Jésus n'est pas un voleur parce qu'Il est passé par la porte, c'est-à-dire qu'Il est passé par l'humanité, "Il s'est fait en tout semblable aux hommes". Il est reconnaissable, identifiable à son humanité, à tous ceux qui vont ensuite reconnaître sa voix. Il est un, parmi les uns, Il est homme parmi les hommes. Passant par cette porte de l'humanité, Il a ainsi clôt le mystère de la Présence de Dieu parmi les hommes, "ce mystère tenu caché depuis les origines". C'est en même temps ce qui va permettre d'ouvrir sur le vrai mystère de Dieu puisque la porte, c'est la croix de Jésus. Il est passé non seulement par l'humanité, et cette humanité c'est de passer par la croix, par la mort, passer, pascaliser cette porte humaine, la pascaliser en laissant la mort derrière, et en faisant sortir le troupeau vers les pâturages, pour qu'il aille sur l'herbe verte, là "où coule le lait et le miel". La croix va manifester l'extrême limite de ce qui semblait fermé, et qui pourtant, va ouvrir le ciel, cette clé, cette porte, cette connaissance de Dieu.
C'est pourquoi on comprend ensuite tout ce qu'est Dieu, parce qu'en somme, Il est bien celui qui donne l'assurance, celui qui préserve, et en même temps, celui qui va mettre en communication, en communion. C'est pourquoi on dira aussi "qu'Il a réconcilié le monde par le sang de sa croix, que la terre et le ciel sont unis, sont en communication par cette même croix". C'est la bonne porte vers le ciel. Et toutes les brebis qui ont besoin du salut de Dieu savent qu'elle seront obligées de passer par cette porte. Mais cette porte ne ferme plus, elle ouvre désormais à une autre dimension, à la Pâque.
C'est pour cette raison que j'aime particulièrement la cinquième préface du temps pascal qui résume très bien ce qu'est le Christ, son mystère pascal et son rôle, son identité de Dieu dans notre humanité. On dit que "par le sacrifice de la croix, Il a mené à leur achèvement toutes les alliances de l'Ancien Testament". C'est pourquoi Il est à Lui seul désormais l'autel, le prêtre et la victime. Il est à la fois celui qui a préparé le repas de notre eucharistie, celui qui nous a invité à cette eucharistie, et celui qui se donne en nourriture.
AMEN