DANS LA MAIN DU PÈRE

Ph 3, 17-21 ; Jn 10, 27-30

Mercredi de la quatrième semaine de Pâques – A

(1er mai 1996)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

V

oici la conclusion du texte où Jésus se com­pare au berger qui guide ses brebis et les conduit au Père. A la fin de cet entretien, Jésus change tout-à-coup de perspective. Il parle tou­jours des brebis, Il est toujours leur Berger. Mais voilà qu'Il invite les brebis à entrer dans le mystère de sa relation avec le Père. C'est l'une des déclarations décisives de l'évangile : "Le Père et moi sommes un." Il y a ainsi quelques déclarations éclatantes où Jésus affirme son égalité avec le Père, c'est-à-dire sa divi­nité. "Qui me voit, voit le Père", dira-t-Il à Philippe. "Tout ce qui est au Père est à moi." Et aujourd'hui : "Le Père et moi sommes un."

Pourquoi cette déclaration du rapport de Jésus avec ses brebis, avec nous, comme le rapport du ber­ger avec son troupeau ? Précisément parce que le rôle du berger est de conduire les brebis, d'aider le trou­peau à parvenir au pâturage, c'est-à-dire au Royaume, à la présence du Père. Si Jésus est qualifié pour nous conduire au Père, c'est parce que le Père et Lui sont un. Cette unité du Père et du Fils, du Fils comme ber­ger et du Père comme pâturage, si j'ose dire, se mani­feste par la toute-puissance miséricordieuse que le Père et le Fils partagent. Vous avez peut-être remar­qué qu'il y a deux phrases quasi symétriques dans ce passage : "Nul n'arrachera les brebis de ma main" dit Jésus et "Nul ne peut rien arracher de la main du Père." C'est fort de cette comparaison qui est une identification que Jésus conclut : "Le Père et moi sommes un." L'unité du Père et du Fils consiste en ce que rien ne peut être arraché à la main du Père ni à celle du Fils. Aucune brebis ne peut être arrachée à leur main toute-puissante, protectrice, pleine de salut. Si le Père, en son dessein, a voulu nous sauver et a confié au Fils le soin de ce salut, aucune force ad­verse, aucune force des enfers, aucune force maléfi­que, ne pourra nous arracher à ce salut que le Père veut nous donner et qu'Il nous donne par le Fils. Nul n'arrachera les brebis de sa main : voilà qui fonde notre espérance, notre confiance, notre certitude.

Frères et sœurs, je ne crois pas que les chré­tiens doivent vivre dans une perpétuelle angoisse, se demandant s'ils se sont trompés, s'ils seront admis dans le Royaume du Père, s'ils entreront dans la vie éternelle ou seront damnés. Cette sorte de perspective est non seulement malsaine et destructrice de notre vie spirituelle profonde, mais elle est même contraire à l'affirmation du Christ. Nous sommes sauvés. Le Père veut notre salut. Il suffit que nous l'acceptions, que nous le demandions, que nous ouvrions le fond de notre cœur à ce dessein de salut de Dieu, à ce désir de salut, à cette puissance de salut du Christ, et nous serons sauvés. Nous n'avons pas à faire des calculs, d'ailleurs impossibles et interminables. J'ai fait ceci ou cela, il y a telle chose qui pèse dans le poids de la balance et telle autre dans l'autre plateau. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Il s'agit d'un dessein et d'un désir de Dieu, un désir auquel rien ne peut s'opposer si ce n'est notre propre refus. Car le salut implique l'adhé­sion profonde de notre cœur, la communion de notre cœur avec notre propre salut. Dieu ne peut nous sau­ver sans nous, il faut l'ouverture de notre cœur à ce salut. Ce serait horrible : le refus que nous y oppose­rions, la volonté de ne pas être sauvé. Mais dès lors que nous aspirons nous aussi à ce salut, qu'il est le désir profond de notre cœur, que nous attendons, de­mandons, supplions que se réalise ce dessein du Père, rien ne peut nous arracher à la main du Père et du Fils.

Frères et sœurs, l'espérance et la confiance sont des vertus fondamentales. Nous ne pouvons mettre une sorte d'angoisse et de frein à cet élan de notre vie chrétienne. Laissons-nous sauver. Acceptons d'être sauvé. Non que nous le méritions en raison de telle ou telle action qui nous donnerait droit à ce salut, mais parce que c'est le dessein de Dieu, le désir, l'élan du cœur du Père et du Fils et qu'Ils sont plus forts que les puissances adverses. Laissons-nous envahir par cette confiance et cette certitude. Acceptons d'être sauvé et de donner notre vie pour que se réalise en elle le dessein de Dieu.

 

 

AMEN