LA MAIN DE DIEU
Ph 3, 7-14 ; Jn 10, 27-30
(27 avril 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Cirgues : La main de Dieu
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ette courte page d'évangile et le texte de saint Paul sont remplis d'images extrêmement suggestives pour nous parler de notre rapport avec le Christ, avec Dieu.
Tout d'abord, dans l'évangile il est dit : "Personne ne peut rien arracher de ma main." Personne ne peut rien arracher de la main du Père. On ne peut pas nous enlever des mains de Jésus, on ne peut pas nous enlever des mains de son Père. Les mains de Jésus, les mains de Dieu, c'est la même chose. Nous sommes dans les mains de Dieu un peu comme un petit enfant qui est dans les bras, dans les mains de sa maman. Dieu nous aime avec tendresse, Il nous tient dans ses mains.
Il y a aussi dans un psaume que l'on chante le jour de Pâques une très belle image : "Je me suis réveillé (je me suis réveillé de la mort, du tombeau) parce que toi, Père, Tu as posé ta main sur moi." Oui Dieu pose sa main sur nous comme un papa ou une maman pose sa main sur la tête de son enfant pour Lui dire : "Tu es à moi! Tu m'appartiens !" Dieu nous serre dans ses bras, Dieu nous tient dans ses mains, et l'on ne peut pas nous arracher à la main de Jésus. C'est très important. Cela doit forger en nous cette certitude, cette paix, cette sécurité profonde. Nous sommes dans les mains de Dieu, dans les mains de Jésus. Aucune force au monde ne pourra nous enlever des mains de Dieu.
Quand mon grand-père est mort, une personne avait dit à ma grand-mère cette phrase : "Il est dans de bonnes mains !" Cette parole avait beaucoup apaisé le cœur de ma grand-mère. Oui, nous sommes dans les mains de Dieu et nous ne devons rien craindre, nous ne devons pas avoir peur.
Saint Paul nous donne quelques autres images très importantes pour bien comprendre ce que nous sommes avec Jésus, avec Dieu : "Je m'efforce de saisir le Christ parce que j'ai déjà été moi-même saisi par Lui!" Saisir, c'est prendre avec la main. Nous nous efforçons de prendre le Christ dans nos mains. C'est ce que nous allons faire tout à l'heure quand nous communierons. Nous aurons dans notre main le corps du Christ, la présence vivante du Christ. "Saisir le Christ !" c'est-à-dire tendre les mains vers Lui pour essayer de le prendre dans nos mains, de l'étreindre, de pouvoir le serrer contre nous, comme nous avons été saisis par Lui. Et là nous retrouvons l'image de l'évangile. Nous sommes dans la main du Christ. Il nous a saisis, Il nous a pris.
Cela veut dire que nous ne sommes jamais seuls. Le Christ est venu et Il nous a pris avec Lui. Nous sommes toujours avec Lui. Et nous nous efforçons, nous aussi, de le saisir de le tenir, de pouvoir tenir à Lui, ne pas le lâcher, ne pas l'oublier, ne pas l'abandonner, ne pas le laisser partir, comme lorsqu'on prend dans sa main un objet auquel on tient beaucoup, quelque chose de très beau, un beau fruit, une belle pierre précieuse, un bel objet, on le saisit, on le prend dans sa main. Et bien il faut que nous saisissions le Christ avec autant de joie, de bonheur, autant de force, de désir de le garder. "M'efforcer de saisir parce que j'ai été moi-même saisi par le Christ."
Et saint Paul ajoute : "Pour cela, je cours en avant" je m'élance vers le Christ, je vais droit au but. "Tendu de tout mon être" car pour saisir le Christ on n'a jamais fini de le tenir dans notre main et Il nous emmène toujours plus loin, Il nous appelle toujours plus en avant. Alors il faut comme un coureur dans le stade s'élancer de toutes nos forces, tendre vers le but. Quand on fait de la course à pieds et que l'on veut gagner, on tend tous ses muscles pour aller plus vite, plus loin. C'est cela que Jésus nous demande par la bouche de saint Paul. Il faut tendre toutes nos forces pour aller vers le Christ, ne pas rester à traîner sur le bord du chemin, ne pas rester à flemmarder, à rêver à autre chose, mais nous élancer avec toute la force qui est en nous.
Et à cause de cela on "accepte de tout perdre" parce que quand on veut courir on ne peut pas porter un sac trop lourd ni prendre une valise à chaque main ; on ne peut pas non plus s'asseoir dans un fauteuil ou avoir les poches pleines de choses lourdes. Si l'on veut courir, il faut s'alléger, il faut tout perdre. C'est pour cela qu'on se met en maillot quand on court. Il faut accepter de ne pas nous attacher aux choses, de ne pas être toujours à la recherche de ce qui nous plairait ou attacherait notre cœur. Il faut être léger tout perdre "pour être trouvé dans le Christ", pour que finalement nous soyons tellement près de Jésus, tellement dans sa main, et plus que dans sa main, tellement dans son cœur que quand on nous cherche, c'est là qu'on nous trouvera. Quand on joue à cache-cache, les autres ne savent pas très bien où ils vont nous trouver. Et bien quand on cherche les chrétiens, on devrait toujours les trouver au même endroit, dans le cœur de Jésus. Etre tellement caché dans son cœur que finalement, c'est là qu'on pourra nous trouver.
Voilà ce que devrait être notre vie chrétienne : courir de toutes nos forces vers le Christ, être saisi par Lui, pouvoir le saisir dans notre main, et finalement être tellement caché dans son cœur que c'est là seulement qu'on pourra nous trouver. L'essentiel c'est d'être d'une grande intimité avec le Christ, de le connaître, d'être connu par Lui, de l'aimer, de demeurer, d'habiter en Lui pour que Lui habite en nous.
Alors en communiant, nous allons recevoir le Christ pour qu'Il ne fasse plus qu'un avec nous. Et de communion en communion, nous Lui demandons de réaliser en nous tout ce que vient de nous dire saint Paul.
AMEN