MES BREBIS ÉCOUTENT MA VOIX
Ph 3, 17-21 ; Jn 10, 11-18
Mercredi de la quatrième semaine de Pâques – C
(13 mai 1992)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
|
L |
a relation intime qu'il y a entre le pasteur et ses brebis décrit la relation de Dieu avec chacun de nous et décrit plus exactement encore la façon dont la grâce nous épouse, épouse notre vie, la précède, prévient nos erreurs, soutient nos faiblesses, cicatrise nos blessures, nous redresse et enfin nous élève à la dimension même de Dieu.
Contrairement au vocabulaire si souvent employé en matière de grâce, un peu comme dans l'oraison d'entrée de cette célébration, il n'y a pas de quantité ni de façon de quantifier le don de la grâce de Dieu. S'il y a un nombre à trouver en matière de grâce, c'est simplement celui-ci : il est proportionnel à l'accueil que nous lui faisons et il est sans limite. La grâce n'a pas de fin, n'a pas de début, elle n'est pas quantifiée, elle n'est pas mesurée pour chaque jour comme si nous devions recevoir notre nécessaire petite part. Elle est immense, elle a comme dimension la vie divine et elle attend simplement que nous puissions la recevoir et plus nous nous ouvrons à cette grâce, plus nous recevrons cette grâce.
La grâce n'est pas non plus quelque chose qui s'ajoute à notre nature, mais elle est quelque chose qui vient la modifier, l'épouser de l'intérieur pour nous permettre d'être vraiment des hommes, et, dans cette humanité, de choisir Dieu. L'intimité décrite entre le berger et les brebis. "Les brebis connaissent la voix" du Pasteur, reconnaissent le don de la vie du Pasteur, aiment l'enclos dans lequel elles ont été menées, et le Seigneur parle aussi "d'autres enclos" où sont parquées d'autres brebis, cette intimité décrit non seulement la manière dont la grâce nous atteint personnellement comme une force intime, mais nous permet de nous rassembler les uns les autres pour former un seul corps, un seul troupeau, pour qu'ultimement nous formions un seul corps dans le Christ.
En écoutant cette description, nous pouvons saisir que la grâce est avant tout une sorte d'énergie, une sorte de force qui, descendant de la vie même de Dieu, et elle ne descend pas seulement du Fils mais elle descend déjà du Père, donc le Fils est déjà le fruit de la grâce du Père, cette grâce vient nous rejoindre et nous emporte avec elle pour retourner au Père. C'est pourquoi il est dit dans l'évangile : "Si le Père M'aime, c'est que Je donne ma vie pour la reprendre!" Cette vie est comme une aimantation, une façon dont Dieu nous abreuve pour nous attirer vers Lui.
Mais il y a aussi la façon dont Dieu considère avec délicatesse notre liberté. Avant de nous attirer, la grâce nous permet d'exercer pleinement notre liberté. Il y a donc comme deux temps dans le don de la vie de Dieu. Le premier temps c'est la guérison, c'est la rencontre, c'est le début de la familiarité, de l'intimité avec Dieu qui nous permet de nous remettre sur nos pieds, c'est une restauration de la liberté humaine, puis cette liberté une fois restaurée permet alors de décider, de consentir à recevoir encore davantage et, toujours avec cette grâce, de nous mettre en route vers le Père.
Demandons au Seigneur qu'en cette eucharistie, nous nous redressions guéris par le don de Dieu dans le pain et le vin qui sont le corps et le sang du Christ et qu'ensuite nous reconnaissions sa voix et que nous puissions ainsi être rassemblés en un seul peuple autour du vrai et unique pasteur.
AMEN