BONS ET MAUVAIS PASTEURS
Ph 3, 87-14 ; Jn 10,11-18
Mercredi de la quatrième semaine de Pâques – A
(16 mai 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN
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our nourrir notre méditation après cet évangile, je vous propose quelques extraits d'un commentaire de Saint Augustin sur des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament où Dieu et le Christ se présentent comme pasteurs venus pour rassembler en un seul bercail, c'est-à-dire dans l'amour du Père, toutes ces brebis qui étaient malades, dispersées par l'intervention du mal, ce faux berger.
"Toute notre espérance est dans le Christ et toute notre gloire véritable et salutaire, c'est Lui-même. Ce n'est pas la première fois que votre charité reçoit cet enseignement car vous êtes dans le troupeau de Celui qui veille sur Israël comme son berger." "Si ce que nous disons est tiré de nous-même, nous serons pasteurs pour nous-même et non pour les brebis. Au contraire, si ce que nous disons vient de Lui, c'est Lui qui est notre pasteur, quels que soient les intermédiaires."
"Les vrais bergers ne cherchent pas à assurer leur propre nourriture, mais celle des brebis. Le premier motif des reproches adressés aux mauvais pasteurs c'est qu'ils se nourrissent eux-mêmes et non pas les brebis."
"Vous avez entendu ce que les mauvais pasteurs aiment : se nourrir eux-mêmes. Voyez ce qu'ils négligent : "Vous n'avez pas fortifié la brebis chétive, guéri celle qui était faible, soigné celle qui était blessée. Vous n'avez pas ramené la brebis égarée, cherché celle qui était perdue. Celle qui était forte, vous l'avez accablée, tuée, assassinée. La brebis est chétive, c'est-à-dire qu'elle a un cœur faible, capable de céder aux tentations, si elle rencontre celles-ci sans méfiance et sans préparation."
"Vous n'avez pas ramené la brebis égarée, cherché celle qui était perdue. C'est ainsi que nous pouvons nous trouver exposés à la violence des bandits et aux dents des loups furieux et nous vous demandons de prier pour nous quand nous serons exposés à ces dangers."
"Et les brebis sont rétives car, lorsqu'on cherche celles qui sont égarées, elles disent qu'elles sont devenues étrangères en s'égarant et en se perdant. "Pourquoi nous appelez-vous ? Pourquoi nous cherchez-vous ?" Comme si la raison pour laquelle nous les appelons et les cherchons n'était pas justement qu'elles sont égarées et se sont perdues. "Si je suis égarée, dit-elle, si je suis près de mourir, pourquoi m'appelles-tu ? Pourquoi me cherches-tu? Justement, c'est parce que tu es égarée que je veux te rappeler, parce que tu vas à ta perte que je veux te sauver."
"Je ferai sortir mes brebis des pays étrangers, je les rassemblerai, je les ramènerai chez elles. Je les mènerai paître sur les montagnes d'Israël. Il appelle montagne d'Israël les auteurs des Saintes Ecritures. C'est là qu'il faut paître si vous voulez le faire en sécurité. Tout ce que vous apprenez dans les Saintes Ecritures, savourez-le Tout ce qui est en dehors des Ecritures, rejetez-le. Ne vous égarez pas dans le brouillard. Écoutez la voix du berger. Rassemblez-vous sur les montagnes de la Sainte Écriture. Vous trouverez là les délices de votre cœur. Là il n'y a rien de vénéneux, rien de dangereux. Ce sont les riches pâturages."
"Je trouve que tous les bons pasteurs sont en un seul pasteur. Les bons pasteurs ne manquent pas, mais ils se trouvent en un seul. Ils sont nombreux lorsqu'ils sont divisés. Ici, l'on parle d'un seul pasteur parce que tout ce texte est en faveur de l'unité. Ce n'est pas vrai que les pasteurs se taisent maintenant et que le Seigneur est appelé pasteur parce qu'Il n'a pas trouvé à qui confier ses brebis. Il les a confiées à quelqu'un parce qu'Il a trouvé Pierre. Mais, en outre, il a mis en valeur l'unité en la personne de Pierre. Il y avait beaucoup d'apôtres, mais c'est à un seul qu'Il a dit : "Sois le berger de mes brebis !" Ne croyons pas qu'on manque aujourd'hui de bons pasteurs. Ne croyons pas qu'on en manque. Ne croyez pas que, dans sa miséricorde, Dieu ne va pas les engendrer et les instituer. Que tous les pasteurs soient donc en un seul pasteur. Qu'ils fassent entendre la voix unique du pasteur. Que les brebis l'entendent, qu'elles suivent leur pasteur, non pas celui-ci ou celui-là, mais le seul. Et que tous, en Lui, fassent entendre une seule voix et non pas des voix discordantes."
"Je vous exhorte, frères, soyez tous d'accord et qu'il n'y ait pas de division entre vous. Cette voix unique, débarrassée de toute division, purifiée de toute hérésie c'est celle que les brebis écoutent. Qu'elles suivent leur pasteur qui leur dit : "Mes brebis sont à moi, elles entendent ma voix et elles me suivent."
Prions pour que, dans l'Église, les pasteurs ne divisent pas le pâturage de l'Écriture, que leurs voix ne soient pas discordantes quant à la nourriture que le pasteur unique nous distribue. Prions pour que l'unité se fasse réellement dans le don que le pasteur unique a fait de sa vie et ne croyons pas que Dieu abandonne son troupeau parce qu'à nos yeux humains il n'y a pas assez de pasteurs car Lui-même sait, dans sa miséricorde comment Il va les engendrer et les instituer.
AMEN