PASTEUR ET PORTE

1 Co 15, 50-57 ; Jn 10, 1-10

Mercredi de la quatrième semaine du temps pascal – B

(5 mai 1982)

Homélie du Frère Michel MORIN

Reilhac : Le passage ouvert

C

 

et évangile, dans saint Jean, suit immédiatement la guérison de l'aveugle-né au cours de laquelle Jésus a ouvert les yeux de l'aveugle, cette guérison qui a provoqué la colère, la méchanceté et le refus des pharisiens d'accepter Jésus comme pasteur. L'aveugle-né, lui, a compris que la voix qu'il entendait lui ouvrait la porte de la vie, lui ouvrait les yeux afin qu'il puisse voir le Maître de la vie. Il a compris que le pasteur, devant lequel il se trouvait, était un bon pasteur et c'est pour cela qu'Il s'était prosterné devant Lui pour marquer son adoration, pour marquer qu'il acceptait ce lien privilégié et intime que le Seigneur Lui-même vient de décrire et qu'Il veut établir entre Lui et chacune de ses brebis.

C'est comme cela qu'il faut comprendre les termes un petit peu violents et durs de ce texte. Ces termes sont adressés à ces pharisiens que Jésus dénonce comme beaucoup d'autres qui les ont précédés comme des faux pasteurs, comme des brigands et comme des voleurs. Qu'est-ce que c'est un brigand ou un voleur ? C'est quelqu'un qui n'est intéressé que par le profit qu'il peut tirer ou extorquer des autres. Il y a deux genres de pasteurs : celui qui est intéressé par la laine de ses brebis et l'autre par la viande de ses brebis. Mais de toute façon, c'est toujours pour son profit. Or le Christ n'est ni l'un, ni l'autre. Il n'est pas intéressé par ce que les brebis vont lui procurer. Il est intéressé par ce qu'Il va donner à ses brebis. Il est intéressé par ce qu'il va leur permettre, en établissant avec chacune d'elles des liens de communion intime, puisqu'Il leur parle par leur nom, puisqu'elles l'écoutent et qu'elles le suivent. C'est pour cela qu'il est bon pasteur et c'est pour cela qu'Il est la porte.

La porte ne signifie pas uniquement l'objet, mais cela signifie surtout le lieu, le passage. D'ailleurs Jésus le dit Lui-même : "Je suis la porte, les brebis entrent et les brebis sortent" c'est-à-dire qu'elles acquièrent ce lien profond avec le Christ, cette liberté de la communion avec Dieu qui fonde leur propre vie, qui fonde leur démarche et qui fonde et oriente leurs véritables sentiments. Il y a un autre aspect, c'est que si le Christ est la porte, toute autorité, tout pasteur doit passer par cette porte s'il veut gérer le troupeau, s'il veut conduire le troupeau. Et il faudrait lire, en deuxième volet de cet évangile, la finale de saint Jean au chapitre vingt et unième, lorsque Jésus va instituer Pierre comme pasteur. A partir de quoi va-t-il l'instituer ? Non pas à partir d'une loi, non pas à partir d'une autorité extérieure, mais à partir de ce sentiment profond qu'Il veut établir avec chacune des brebis : "Pierre, m'aimes-tu ?" Il l'appelle par son nom et Pierre écoute sa voix, et Pierre va le suivre dans cet amour qu'Il lui demande. "Oui, Seigneur, Tu sais que je t'aime." Et c'est à cause de cela, et uniquement de cela que Pierre devient, à l'image du Christ, la porte des brebis. En entrant par son autorité, les hommes deviennent brebis, deviennent membres de ce troupeau dont l'unique pasteur invisible est Jésus-Christ.

Au cours de cette eucharistie, nous prierons pour que cette communion intime, ce lien profond qui existe, que le Christ veut faire exister entre Lui-même et chacune de ses brebis, puisse s'approfondir, puisse s'établir car Il ne vient pas pour profiter de nous, mais Il vient pour nous donner sa chair, Il vient pour nous livrer sa vie, et cela à l'intérieur de l'Église, dans l'autorité de l'Église fondée sur Pierre afin que nous soyons sûrs que cette autorité de l'Église c'est l'amour de Dieu pour nous.

 

AMEN