GRÂCES SOIENT RENDUES
1 Co 15, 50-57 ; Jn 6, 48-59
(9 mai 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
Lumière d'éternité
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râces soient rendues au Christ qui nous donne la victoire par sa résurrection !" Dans la croix et la Résurrection du Christ, la mort a été engloutie dans la victoire. Désormais, avec le Christ, nous n'avons plus peur de la mort car nous savons que cette mort conduit à la vie ou plus exactement que, déjà, est née en nous une vie véritable, une vie qui n'est pas temporaire, qui n'est pas passagère mais qui est une vie éternelle, une vie sans fin qui est la vie même du Christ Ressuscité, qui peu à peu s'insère au cœur de notre vie, se construit dans le secret de notre être, et cette vie ne finira jamais.
Cette affirmation que nous vivons par le Christ Ressuscité, saint Paul ne cesse de la proclamer et dans l'évangile, saint Jean nous en donne en quelque sorte le secret. C'est par la chair du Christ que nous sommes ensemencés d'éternité. C'est par la chair ressuscitée du Christ, ce pain vivant descendu du ciel, que nous mangeons dans l'eucharistie, c'est par la chair et le sang du Christ Ressuscité que se construit en nous la vie éternelle, c'est-à-dire la transformation de notre chair mortelle en chair ressuscitée. Dès maintenant la résurrection du Christ est à l'œuvre en nous. Et ceux que nous aimons, qui nous ont précédés sur ce chemin savent bien que c'est cette nourriture, cette boisson d'éternité, cette nourriture que le Christ nous a donnée dans ce geste du plus grand amour, car, il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime, que c'est la communion à ce sang versé pour nous qui a construit en eux leur propre résurrection. Et avant de nous quitter, on pouvait voir dans leur sourire au milieu de leur souffrance, l'aube de cette rencontre.
Ce mystère est un mystère de foi, c'est le mystère central de notre vie chrétienne. Car "si les morts ne ressuscitent pas" disait saint Paul dans son épître aux Corinthiens, "le Christ non plus n'est pas ressuscité, et si le Christ n'est pas ressuscité, alors notre foi est vaine." Alors nous ne sommes là pour rien, oui il y va du cœur même de notre foi, du cœur de notre vie. Car comment pouvons-nous imaginer que cet amour tissé avec nos proches, ceux qui sont aussi nous que nous-mêmes, comment pouvons-nous imaginer que cet amour puisse cesser ? Vous le savez peut-être, c'est de cette manière-là que les juifs ont commencé à apercevoir le mystère de la survie après la mort, le mystère de l'éternité, le mystère de la résurrection. Le psalmiste qui a composé le psaume 15 a compris, dans l'élan de son amour pour Dieu, qu'il n'était pas possible que cet amour cesse, qu'il n'était pas possible que Dieu "laisse son ami voir la corruption", qu'il n'était pas possible que Dieu laisse la chair de celui qu'Il aime disparaître pour toujours. Et il s'est écrié : "Oui, Tu me conduiras sur le chemin de la vie, Tu me prendras à ta droite pour des délices éternelles pour une joie qui n'aura pas de fin". C'est la première fois, dans la Bible, qu'est apparue cette affirmation de la vie éternelle et de la résurrection de la chair, qui n'a cessé de s'amplifier et que le Christ a proclamé dans sa propre chair et que saint Paul orchestre dans toutes ses épîtres.
C'est parce que Dieu nous aime qu'il n'est pas possible que cet amour cesse, et c'est pour cela que nous avons compris que nous vivrons toujours avec Lui. C'est parce que ceux que nous aimons nous aiment, qu'ils ne peuvent pas cesser de nous aimer, qu'il faut qu'ils soient remplis de cet amour du Christ pour continuer à nous aimer, et que nous continuons à les aimer. L'amour est plus fort que la mort ! Grâces soient rendues au Christ pour sa victoire sur la mort par son amour vivant et conquérant.
AMEN
