QUI POURRA NOUS SÉPARER DE L'AMOUR DU CHRIST ?
Rm 8, 31-39 ; Jn 12, 31-36
(30 avril 1980)
Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

Tolo : lever du jour
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orsque Jésus disait aux juifs qui l'entouraient :"Marchez tant que vous avez la lumière, car la lumière est avec vous pour peu de temps encore", c'est bien évidemment de Lui-même qu'il parlait, car Il est la lumière, et les Juifs avaient, au milieu d'eux et devant eux, la Lumière, même s'ils ne l'ont pas reconnue, à cause des ténèbres qui endurcissaient leurs cœur et obscurcissaient leur regard. Car même si on n'accepte pas la présence du Christ, cela n'empêche pas qu'Il soit au milieu de vous. Et c'est un petit peu comme cela que nous pourrions comprendre ce matin, cette question qui, au fond, est une affirmation de Paul : "Qui nous séparera de l'amour du Christ ?"
Dans son épître, il énumère un certain nombre de malheurs : les tribulations, le glaive, la guerre, la mort, la peine, la souffrance, disant que cela même ne nous séparera pas de l'amour du Christ. Et d'ailleurs nous le savons bien parce que c'est souvent à ces moments de peine, de souffrance, que nous nous tournons vers le visage du Seigneur, parce que nous sommes perdus, que nous cherchons vers Lui un peu de lumière. Nous pourrions ajouter : "Qui nous séparera de l'amour du Christ ?" : le bonheur, l'aise, l'argent, le fait de ne pas avoir de soucis, le fait de ne pas avoir de problèmes ? et nous d evrions répondre : non, même pas cela. Et pourtant, c'est à ces moments-là que, le plus souvent, nous oublions le Seigneur parce que nous n'avons rien à demander, nous nous estimons comblés par la vie, par les biens matériels de la vie, et alors nous ne recherchons pas cette lumière. Et bien, quelle que soit notre attitude, de rejet ou d'obscurcissement devant le Christ, il n'empêche que Lui est là. Car on ne peut pas séparer la lumière du soleil, et même pendant la nuit, le soleil est toujours là, même si nous ne le voyons pas, du moins nous le savons et c'est pour cela que nous pouvons veiller, sûrs que nous sommes qu'il se lèvera avec l'aurore.
Pour nous chrétiens, les événements de notre vie, heureux ou malheureux, ne doivent pas être le rythme principal de notre foi et de notre vie. Nous n'en vivons pas selon ce qui se passe à l'extérieur de nous, selon ce qui se passe dans le monde, un petit peu comme ces girouettes qui tournent selon l'orientation du vent. Ce qui est pour nous l'événement principal, l'événement fondateur, j'allais dire l'événement permanent, c'est la présence du Christ, non pas à côté de nous, non pas comme les juifs l'avaient, en face d'eux, mais à l'intérieur même de nous. Et c'est pour cela que nous avons à vivre tous les événements qui nous arrivent, non pas tellement en eux-mêmes, mais avec ce que nous avons en nous-mêmes, la présence du Christ. Ainsi, tout ce qui nous arrive doit être unifié par cette présence, par cette lumière qui habite en nous. Autrement, nous sommes des êtres désunifiés, nous sommes des êtres écartelés, nous sommes des êtres diversifiés, nous tournons, comme dit Saint Paul, "à tout vent de doctrine" ou à tout événement. Et alors nous ne savons plus où donner de la tête, justement parce que nous avons perdu ce sens vers lequel notre tête, notre pensée, notre cœur doit être orienté, vers la présence intérieure du Seigneur. Et c'est dans cette présence intérieure, dans cette lumière, dans cette chaleur que nous devons vivre, que nous devons accueillir, que nous devons comprendre tous les événements qui nous arrivent, car c'est dans ce creuset de notre vie que se mélange ce qui nous arrive de l'extérieur et ce qui nous arrive de Dieu.
"Qui nous séparera de l'amour du Christ ?" Et bien, aucun événement, heureux ou malheureux, car l'amour du Christ est en nous, et nous ne pouvons pas faire en sorte que, Lui, se sépare de nous. Simplement quand nous croyons qu'Il n'est pas là, c'est que nous avons mis nos mains devant nos yeux.
AMEN