SPORT ET VIE CHRÉTIENNE

Ph 3, 7-14 ; Jn 10, 27-30

Mardi de la quatrième semaine de Pâques – A

(17 mai 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Lutte et combat

F

rères et sœurs, vous avez entendu dans la première lecture ce texte très beau tiré de l'épître aux Philippiens. Un texte extrêmement célèbre d'abord parce qu'il est très émouvant et aussi parce que saint Paul fait un parallèle entre la vie chrétienne et le monde du sport. Le chrétien est un sportif, le mot ascète, et qu'est-ce que c'est que d'être ascète ? C'est de faire des exercices. C'est le même mot que l'on utilisait pour les sportifs qui faisaient leurs exercices avant de concourir. Ce texte est très célèbre à cause de cela, on voit saint Paul courir sur un stade et se tendre au dernier moment pour briser le fil et en fait, la vie chrétienne, c'est cela.

La vie chrétienne et malgré tout ce que l'on peut dire (et en me faites pas dire ce que je n'ai pas dit), c'e n'est pas d'abord d'avoir des valeurs, il y a des tas de gens qui ne sont pas chrétiens, qui ne sont pas croyants et qui ont des valeurs. Etre chrétien, c'est avoir été touché profondément par le Christ et n'avoir qu'un seul désir, c'est d'être avec le Christ. Nous avons ici dans cet extrait de l'épître aux Philippiens, peut-être (mais c'est mon imagination), je crois quelque chose qui a dû traverser le cœur de Marie-Madeleine au moment de la résurrection du Christ, quand elle voit le ressuscité et qu'elle désire le toucher et l'attraper. Il s'est passé cela dans son cœur et elle s'est dit ce que saint Paul a couché sur papier et qu'il a écrit aux Philippiens, lui-même n'ayant jamais vu le Christ de son vivant mais l'ayant vu ressuscité.

Nous pouvons et on le dit souvent ici, nous pouvons toujours nous plaindre de n'avoir jamais vu le Christ charnel, mais ce qui est extraordinaire, c'est que Dieu donne à chacun la possibilité de faire l'expérience du Christ ressuscité. Que comme Marie-Madeleine on l'ait vu et touché avant et après, ou comme saint Paul ce qui est plus proche de notre condition actuelle, que nous n'ayons jamais eu l'expérience du Christ charnel, et pourtant, il se donne pas simplement à voir, il se donne à toucher. L'expression est importante. Elle est présente aussi dans la lecture de l'évangile : "Le Père et moi nous sommes un, la brebis qui est dans la main du Père, personne ne peut la lui arracher". Par conséquent la religion, ou être chrétien, si ce n'est pas seulement d'avoir des valeurs, ce serait trop facile, mais le désir d'être tendu pour rencontrer et vivre avec le Christ, la religion chrétienne n'est pas uniquement une question de "vu", d'avoir une hauteur de vue, de capacité d'analyse, d'avoir une capacité de compréhension. En fait, cela va au-delà , mais c'est de désirer de vivre dans la main de Dieu, c'est de désirer de vivre côte à côte avec Dieu.

Frères et sœurs, que ce temps de Pâques que nous vivons maintenant dans lequel nous sommes invités à méditer sur la personne du Christ ressuscité, soit pour nous l'occasion de faire le point sur notre vie. Avant l'extrait que nous avons lu, saint Paul fait le point aussi sur sa vie, et il a comme une analyse identitaire de la religion : j'ai été circoncis, je fais partie de telle tribu d'Israël, j'ai fait des études, je suis rabbin, etc … mais dit-il, tout cela ne sert à rien, si je ne cours pas. Il ne s'agit pas de dire : je fais fi de tout ce qui s'est passé auparavant, nous savons que ce n'est pas vrai et que ce n'est pas possible et saint Paul ne le fait pas ; ses lettres transpirent de cette éducation rabbinique qu'il a reçue, donc ce serait quand même un sacré menteur. Nous sommes invités à transfigurer ce rapport identitaire que nous avons avec la religion ou ce rapport un peu difficile avec notre passé, nous avons à le transfigurer. Nous avons à découvrir que même si quelquefois notre passé peut sembler lourd au point de nous empêcher de courir, en fait nous pouvons quand même courir et courir vers le Christ.

 

AMEN