L'UNIQUE PASTEUR

Ph 3, 17-21; Jn 10, 11-18

Mardi de la quatrième semaine du temps pascal – C

(18 avril 1989)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

a parole sur les mercenaires qui ne sont pas de véritables pasteurs s'adresse évidemment aux chefs du peuple juif qui ont laissé le troupeau se disperser. Mais je voudrais m'attarder sur trois traits du caractère pastoral du Christ, pour nous, au­jourd'hui.

"Le pasteur donne sa vie !" C'est ce que nous avons célébré en la fête de Pâques. C'est ce que nous célébrons en chaque fête de la vie du Christ tout au long du cycle liturgique. Le Christ a quitté les 99 bre­bis de son troupeau angélique du Ciel pour chercher, dans les broussailles du péché et de la mort, cette brebis unique qui est l'humanité. Et en s'incarnant, en mourant, en ressuscitant dans cette humanité, Il vient lui donner sa vie pour qu'elle réintègre l'unique trou­peau qui est signifié par l'enclos céleste. Ce don de la Pâque, de la vie du Christ est comme la matérialisa­tion, pour nous, de la connaissance qu'Il a du Père, c'est-à-dire de la vie trinitaire. Il n'est pas venu sim­plement nous apprendre quelque chose sur Dieu, Il n'est pas venu simplement nous sauver extérieure­ment, comme un agent qui viendrait un moment et qui repartirait, Il est venu nous introduire dans le mystère même de sa vie qui est la connaissance du Père. Et Il veut que nous entrions dans cette connaissance. "Je connais mes brebis, elles Me connaissent, comme Je connais mon Père et comme le Père Me connaît !"

Cette connaissance c'est le propre de notre vie chrétienne, quotidienne. Et elle est la conséquence de la façon dont nous accueillons le don de la Pâque. C'est le don du Christ qui nourrit en nous la connais­sance c'est-à-dire l'amour éternel du Père et du Fils, dans l'Esprit Saint. Cet Esprit saint que nous célébre­rons bientôt comme le don final de la Pâque, comme l'achèvement total du don de la vie divine.

Puis il y a un troisième aspect. Le pasteur dé­sire "un seul troupeau" tout simplement parce qu'Il est seul pasteur. Et à la fin de ce discours, Il nous dit, comme une sorte de plainte intime, discrète, peu contraignante mais quand même profonde : "J'ai en­core d'autres brebis qui ne sont pas de cet enclos !" Nous savons que si nous sommes nous-mêmes dans la Pâque du Christ, sauvés par Lui, vivants de la connaissance de Dieu, cette plainte de Jésus, Il la murmure toujours au cœur même de son Église. "J'ai encore d'autres brebis " qui ne sont pas dans l'enclos de l'Église de la terre, qui n'ont pas encore pris le chemin de l'unique enclos du ciel, "Elles écouteront ma voix !" mais comment vont-elles écouter la voix ? Qui va leur faire entendre, dans leur vie, la voix du Pasteur si ce n'est ceux qui, déjà, la connaissent, ceux qui, déjà en vivent ? c'est-à-dire nous-mêmes.

Cette sorte de plainte du Christ, ce murmure, ce désir, cette complainte du Christ qui est venu pour "un seul troupeau" parce qu'Il est "l'unique pasteur", doit retentir aussi dans notre vie. Nous aimons le Christ, c'est vrai, mais est-ce que se satisfaire de cet amour du Christ serait vraiment l'aimer ? Est-ce que l'amour ce n'est que la satisfaction de recevoir l'autre ou de se donner à l'autre ? Ce serait peut-être terri­blement étroit. Je crois que ça ne serait pas chrétien, car l'amour a toujours une dimension qui s'extériorise, qui se donne, qui se propage. Et peut-être que l'inten­sité, le désir ou le non-désir, le non-zèle que nous avons pour annoncer aux autres la Parole de Dieu pourrait être un critère de notre véritable amour pour le Christ. A chacun de s'interroger. Est-ce que j'aime suffisamment Dieu ? Est-ce que je connais suffisam­ment le Christ ? Est-ce que cet amour et cette connaissance sont véritablement le centre de ma vie pour que je croie que les autres puissent aussi-entrer dans cette connaissance, parce que c'est le centre de ma vie ? Si je ne pense pas cela et si je n'essaie pas, de quelque façon que ce soit, de le réaliser, c'est qu'alors cet amour et cette connaissance ne sont pas encore au centre de ma vie.

 

AMEN