LE PASTEUR
Ph 3, 17-21 ; Jn 10, 11-18
Mardi de la quatrième semaine du temps pascal – C
(22 avril 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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ans notre tradition culturelle nous ne connaissons qu'un cas où les moutons ont vécu sans maître et sans berger, pour ainsi dire en autogestion, c'est le cas des moutons de Panurge. Lorsqu'un des moutons s'est précipité par-dessus bord du bateau, tous les autres moutons l'ont suivi. C'est dire que lorsque Jésus prend la parabole du troupeau Il sait que la figure du pasteur lui est attachée de façon absolument indissociable et indispensable. Le troupeau a besoin d'un pasteur qui marche à sa tête pour le guider, (comme le disait le psaume 22 : "le Seigneur est mon berger. Il me conduit vers de gras pâturages et vers des eaux tranquilles"), pour lui éviter les obstacles et les dangers de la nuit et pour le conduire à bon port c'est-à-dire le faire entrer dans le Royaume.
Mais il y a une autre fonction du berger qui, elle, n'est pas d'abord de l'ordre de l'action mais de la réalité même du troupeau. C'est le berger comme tel qui fait l'unité du troupeau, car lorsqu'il n'y a pas de berger, le troupeau c'est simplement des individus juxtaposés et coexistant les uns avec les autres; tandis que lorsque le berger est là, il donne immédiatement une unité au troupeau. C'est dire que le troupeau ne trouve pas en lui-même cette unité. Il n'y a pas un mouton-chef, il y a un pasteur qui est le chef, qui est la tête, et il n'est pas exactement de la même veine que les moutons eux-mêmes. Il les dépasse. Et, par le simple fait qu'il est le berger, qu'il est le maître, c'est cela qui fonde l'unité du troupeau autour de lui.
Et précisément, en Israël, l'histoire avait montré que le destin du troupeau et la réalité même du troupeau dépendaient toujours de celui qui avait été mis à la tête. Quand David avait été choisi par Dieu pour paître non des moutons mais Israël, le peuple vivait dans l'unité, vivait dans la foi et vivait dans la plénitude de l'amour de Dieu, car le Seigneur avait trouvé "un pasteur selon son cœur". Mais lorsque, plus tard, les descendants de David avaient été de mauvais pasteurs, le troupeau avait perdu son unité. C'est pourquoi le pasteur avait été frappé le premier, le roi avait été emmené captif, déporté à Babylone. Et du coup, tout le troupeau avait perdu l'existence même de son unité, de sa cohésion, de son être même de peuple de Dieu.
Ezéchiel avait promis que Dieu susciterait un pasteur. A cause de tous les mauvais pasteurs qui avaient dépecé le peuple et l'avaient exploité au lieu de servir son unité, Israël était plongé dans une grande détresse, mais Ezéchiel, prophète de l'Exil avait annoncé, au nom de Dieu, Celui qui redonnerait l'unité à son peuple. Mais sur quels principes la redonner ? C'est là où le Christ est venu nous manifester le mystère du véritable pasteur, car il n'y a pas d'autre moyen de fonder l'unité du peuple que de donner sa vie pour ce troupeau.
C'est là le mystère même de l'unité de l'Église. Chaque membre de l'Église est attaché à elle et au Christ par le fait que le pasteur a donné sa vie pour nous. L'unité de l'Église est à ce prix. Le fondement de l'unité de l'Église c'est l'acte par lequel le Christ donne sa vie pour nous. C'est pour cela que nous ne pouvons pas appartenir à l'Église autrement qu'en donnant notre vie pour le Christ et pour nos frères. "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l'on aime." C'est la loi que le Christ a vécue jusqu'au bout, et c'est celle qu'Il veut que nous vivions, nous aussi, jusqu'au bout.
Je crois que, lorsque nous regardons l'Église, nous ne regardons pas toujours assez fixement le pasteur. Le pasteur, c'est le Christ, c'est Celui qui, dans l'acte même du don de Lui-même, de sa vie divine, de tout ce qu'Il est, fût-ce au prix de la souffrance, de la mort et de la croix, accepte de faire l'unité, d'être le porteur de l'existence et de l'unité de son troupeau, en se livrant totalement à ceux-là mêmes qu'Il veut rassembler en Lui. Demandons que soit affermi en nous ce véritable désir d'une véritable unité.
AMEN