COURIR VERS LE BUT 

Ph 3, 7-14 ; Jn 10, 11-18

(8 mai 2001)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Olympie : la course

Q

 

u'est-ce qui peut faire courir les gens ? Je ne sais pas si vous avez remarqué dans la rue, on marche tranquillement, les gens vont et viennent, pressés tendus vers un but, parfois les yeux complètement hagards, plongés dans leurs pensées, ne faisant attention à personne et à rien. Cela m'est arrivé un jour en coopération, j'étais dans un souk à Jérusalem, plongé moi aussi dans mes pensées comme un bon occidental, et un marchand m'a arrêté et m'a dit : "Tu n'es pas heureux" ? Je devais avoir l'air triste, ou peut-être les sourcils froncés, pensant à ce que je devais acheter, ou ce que je devais faire, ignorant complètement le monde qui m'entourait, ne prenant même plus plaisir à me promener et à regarder ce qui m'entourait.

Qu'est-ce qui peut faire courir saint Paul ? C'est vrai que lorsqu'on lit saint Paul, on a cette impression d'une écriture nerveuse, de quelqu'un qui a un but très fixe dans la tête, qui ne veut pas lâcher le morceau, et qui a un peu ce côté qu'ont les sportifs, c'est-à-dire le goût du risque, le goût du défi, prêt à laisser absolument tout pour le but, ce qui est d'ailleurs une très bonne définition du sportif, accepter de faire une croix sur certaines choses, sur un type de vie, sur des sorties, sur une nourriture, afin de se préparer le mieux possible à gagner le concours, le prix, à arriver à temps, à tendre la poitrine pour qu'elle soit celle qui va fendre l'air et briser le fil de la victoire.

Dans tous ces textes que nous lisons depuis la résurrection, qui sont des textes tendus vers une nouvelle création, nous l'avons vu avec certains textes qui sont tendus vers le baptême qui nous donne une vie nouvelle, par la mort et la résurrection du Christ. Ce que je trouve assez fascinant dans ce texte de saint Paul hormis le côté sportif et festif de cette course, c'est son abandon de ce qu'il était auparavant, pour tendre vers un bien qu'il a découvert beaucoup plus grand, plus beau et plus fort, découvrant que ce bien vers lequel il tend est le but de la nouvelle création. Saint Paul, sur le chemin de Damas a fait cette expérience d'être un nouvel être créé par la rencontre avec le Christ ressuscité, alors qu'il partait pour exterminer les chrétiens. Il découvre là que ce qu'il avait vécu auparavant, la Loi, tout ce que proposait le judaïsme, la religion juive, n'avait pas sa fin en soi mais n'était qu'un moyen pour arriver à un but. Il s'en est rendu compte un petit peu comme Marie-Madeleine par une voix.

C'est ce que dit aussi Jésus dans le premier texte, entendre sa voix et reconnaître sa voix. Et c'est la reconnaissance de cette voix, quand le Christ a dit : "Marie", là elle a découvert que c'était le Christ. Saint Paul a fait aussi cette reconnaissance de la voix du Sauveur et à partir de ce moment, cela l'a mis en marche, cela l'a fait courir et il a découvert enfin ce qui l'animait : la vie avec Dieu n'est pas une vie qui recherche la stabilité, peut-être comme nous en faisons nous aussi l'expérience. Nous avons le sentiment que la vie chrétienne, la vie religieuse devrait être un moment où nous vivons tranquillement, nous cherchons la stabilité, un repos en Dieu, une sorte de petit coin retiré qui permet de planer et de passer au-delà des difficultés de la vie. Or saint Paul dans ce texte renverse absolument tout et nous dit que la vie chrétienne ce n'est pas une recherche de stabilité, ce n'est pas un état, mais c'est plutôt un mouvement vers une fin. Je pense qu'il y a deux écueils à éviter dans le texte de saint Paul. Quand il dit qu'il a tout laissé pour suivre le Christ, il ne dit pas qu'il faut faire une croix sur notre vie et de tout ce que nous avons vécu auparavant, notre famille, nos expériences, nos souffrance et nos joies, puisque lui-même dans sa manière d'annoncer le Christ il n'y a pas plus juif que saint Paul. Quand il dit qu'il a tout laissé, il y a quelque chose qu'il n'a absolument pas abandonné, c'est bien la passion de la Parole de Dieu et c'est bien en fait d'avoir compris que ce qu'il vivait, le christianisme était l'accomplissement des Ecritures, de sa vie de juif. Donc, dire qu'il faut tout laisser, faire une croix sur certaines choses, ce n'était pas refuser la mémoire ni ce qui nous avait fait vivre auparavant, mais au contraire l'intégrer le vivre, mais cette fois dans cette mémoire des expériences que nous avons vécu, reprendre tout cela avec une voix, un appel, avec le Christ qui nous a appelé par notre nom et nous donne une nouvelle vie, nous créant pour quelque chose de nouveau.

Comme le Christ le propose aussi dans l'évangile, quand il dit qu'Il fait sortir les brebis pour les emmener dehors, et qu'Il se met en tête du troupeau pour le mener, je pense qu'il y a comme un écho de ce qui traverse tout l'Ancien Testament, et aussi le Nouveau d'ailleurs, qui est la Pâque du peuple juif, et ensuite la Pâque du Christ, son passage dans la mort pour la résurrection.

Frères et sœurs, c'est une sorte d'invitation au voyage, à la course. La vie chrétienne n'est pas une vie où l'on reste assis sur une chaise, mais une vie de sportif. Profitons de ce temps pascal, de cette nouvelle création que le Christ nous donne à vivre pour courir toujours et l'atteindre dans le but final.

 

AMEN