SE LAISSER SAISIR PAR LE CHRIST 

Ph 3, 7-14 ; Jn 10, 27-30

Mardi de la quatrième semaine de Pâques

(15 avril 2008)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

L'inutilité

A

relire saint Paul, on pourrait avoir l'impression à la longue, qu'il est un être très volontaire. Dans le passage que nous avons entendu aujourd'hui c'est bien l'élément que l'on peut retenir. Saint Paul dit tout ce qu'il a reçu par le judaïsme, tout particulièrement le fait d'être pharisien plus que les pharisiens, autrement dit, impeccable, quant au sujet de la loi et de ses préceptes, il a cette grande envolée : "Aujourd'hui, je considère tout comme désavantageux à cause du Christ". Il dit même qu'il accepte de tout perdre et qu'il considère tout comme déchets (le mot est fort), afin de gagner le Christ.

Frères et sœurs, si le but de notre vie chrétienne est comme celui de saint Paul, ce que je vous souhaite, de gagner le Christ, ou encore de tendre jusqu'au bout vers le but, cela signifie-t-il que comme saint Paul, il suffit de faire acte de volonté, se prendre un peu soi-même en mains, se forcer, et du coup, gagner le Christ.

Ne peut-on pas reprocher à certains chrétiens, leur mollesse, leur affadissement, ce que l'Apocalypse dirait en d'autres termes : "tu n'es ni chaud, ni froid, que n'es-tu l'un ou l'autre ?"

Si l'on considérait que gagner le Christ c'est faire ou acquérir selon notre volonté un ensemble de vertus, nous serions quasi pélagiens, c'est-à-dire que nous penserions que ce n'est qu'avec nos seules forces de volonté qu'on peut être au Christ. Interpréter ainsi saint Paul serait ne pas comprendre le paradoxe qui habite l'apôtre. Il le dit dans un passage très important de ce que nous avons entendu : "non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus".

C'est finalement l'histoire de la grâce. Vouloir accomplir la Loi et les préceptes, vouloir être parfait, tout donner pour tout acquérir, ce serait vouloir saisir le Christ, c'est bien, mais on ne peut saisir le Christ que si l'on s'est laissé soi-même saisir par lui. C'est lui qui nous saisit, qui nous prend, c'est lui qui nous choisit : "Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisi et institué pour que vous portiez du fruit", dira le Christ à ses disciples.

Le Christ nous a saisi, il a envoyé son Esprit Saint pour que nous soyons entièrement pénétrés de sa vie, de son amour et de sa grâce. Alors ensuite, oui nous pouvons y répondre librement et notre libre réponse est alors le désir aussi de le saisir. Mais ne nous y trompons pas, ni de notre côté, ni à fortiori du côté du Christ, il s'agirait de vouloir posséder. La manière dont le Christ sait c'est paradoxalement en se dessaisissant de tout, c'est comme on le lit dans l'évangile aujourd'hui : "rien ne peut être arraché de la main du Père, rien ne peut être arraché de mes propres mains, ces brebis sont à moi". C'est en faisant l'expérience de la croix, au moment même où les mains du Christ sont clouées sur la croix, totalement ouvertes, dessaisies de lui-même, qu'il devient le pasteur de ses brebis. C'est à ce moment-là que les brebis ne peuvent plus être arrachées de la main du Christ. C'est à ce moment-là, s'abandonnant à la mort, livrant son esprit au Père, qu'il nous saisit au plus profond de nous-même, c'est-à-dire au plus profond de notre misère.

Alors, nous n'avons plus qu'à faire comme le Christ, vouloir aller jusqu'au but qui est de se donner par amour et c'est à ce moment-là que l'on comprend combien l'amour nous saisit pleinement pour nous amener toujours plus loin.

 

AMEN