JESUS, LA PORTE DU ROYAUME DE DIEU

Ph 3, 7-14 ; Jn 10, 27-30
Mardi 19 avril 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

Frères et Sœurs, nous venons d’entendre une troisième péricope du chapitre X de saint Jean et je voudrais attirer votre attention sur le fait que ce passage commence le discours sur bon pasteur. Précisément, Jésus ne dit pas qu’il est le bon Pasteur, il dit qu’il est la porte. Il y a une nuance. Il est la porte du bercail, de l’enceinte qui est, vous le devinez, le royaume de Dieu. Il y a un portier, mais c’est lui qui fait rentrer et qui fait sortir.

 

Quand on pense porte, on peut associer serrure et clef. Jésus associera la métaphore de la porte à un autre élément de fermeture : la clef. Il y a une porte et des clefs, et apparemment, Jésus est la porte et Pierre est les clefs. Il ne faut pas confondre les deux, et Pierre, même s’il a les clefs, n’est pas celui qui fait entrer. C’est la porte qui permet d’entrer. Alors je sais bien que nos frères protestants ont quasiment mis la clef sous la porte quand ils ont décidé que le problème de la primauté pontificale ne se posait plus. Parfois ils ont mis la clef sous le paillasson, ce qui pose beaucoup de problèmes pour leur ecclésiologie. Mais, sur le fond, il est très intéressant de voir qu’on a les deux éléments. Pour entrer dans le royaume, il y a la porte et ça, c’est fondamental. Cette porte a ceci de spécial que tout en étant la porte, c’est Jésus, lui-même porte « je suis la porte des brebis », qui fait entrer et fait sortir. C’est une porte pasteur si je puis dire. C’est un peu difficile à imaginer du point de vue visuel mais c’est ce qu’il veut dire. Il est berger en tant qu’il fait entrer dans le bercail. C’est lui qui fait entrer.

 

Cela met à leur place les serrures et les clefs dont le rôle est plutôt de l’ordre de la quincaillerie. La porte est de l’ordre de l’architecture, elle fait le passage entre ce monde-ci et le royaume. Le reste n’est que dispositions juridiques, canoniques, hiérarchiques pour permettre l’entrée dans le royaume. De toute façon, l’essentiel est qu’il y ait une porte. Et qu’elle soit avec ou sans serrure, ça fait partie des modalités possibles mais ce n’est pas du même ordre. Le plus important est d’avoir des portes pour rentrer chez soi. D’ailleurs la plupart du temps, on perd la clef mais on ne perd pas la porte. Ce qui est préférable, car si on arrive chez soi et qu’on trouve la porte murée, on peut avoir toutes les serrures que l’on veut, on ne peut pas rentrer.

 

Voilà un élément de compréhension de l’Eglise qui est extrêmement important. Il faut comprendre l’Eglise comme à la fois le troupeau qui est ici bas, en train de paître dans les pacages, auprès des sources etc, c’est l’Eglise dans son état d’itinérance ou de transhumance, mais en même temps l’Eglise est aussi le royaume. Et précisément, ce qui fait l’articulation des deux, c’est la porte.

 

La plupart du temps, quand on parle de l’Eglise, on pense que c’est un enclos fermé. Ce n’est pas tout à fait vrai. L’Eglise n’est pas encore dans le bercail, dans l’enclos, elle doit rentrer pleinement dans l’enclos mais elle y est rattachée de façon la plus profonde qui soit, car elle est composée de gens qui ont pour seule raison d’être d’entrer dans le bercail. Celui qui fait le lien, qui coordonne le rapport du royaume à l’Eglise dans son état présent, c’est le Christ. Celui qui est responsable de la forme que prend l’Eglise actuellement, c’est le Christ. Simplement, il a besoin d’instruments, de signes, d’éléments qui permettent de manœuvrer cette porte. C’est le problème du ministère et de la hiérarchie dans l’Eglise. Ca joue comme des clefs, comme des instruments qui permettent d’ouvrir la porte. Mais la porte reste la porte et si le Christ veut ouvrir la porte sans les clefs, il est capable de le faire. C’est ça qui est difficile à penser aujourd'hui. On ne peut pas penser uniquement l’Eglise sur le plan de l’autorité juridique : si le pape permet ou ne permet pas… Ca, effectivement, dans l’église catholique, je pense que nous avons encore trop de réflexes dans ce sens-là. Le ministère de Pierre est de l’ordre de l’instrument. C’est un moyen pour. Mais ce n’est pas la porte, ce n’est pas ce qui fait entrer. S’il n’y avait pas le Christ qui se sert de cet instrument pour faire entrer, à ce moment-là cet instrument, cette clef ne servirait à rien.

 

 

Vous voyez, frères et sœurs, à travers toutes ces métaphores du nouveau testament, on s’aperçoit que parfois on a beaucoup simplifié les choses. À certains moments, on a purement et simplement assimilé la porte et la clef. Vous me direz que dans certains cas, c’est un peu vrai, surtout dans notre expérience à nous. Mais ce n’est pas tout à fait la même chose, ce n’est pas du même niveau. Une chose est le fait d’avoir un espace pour rentrer, pour circuler, pour passer du royaume à l’église et de l’église au royaume ; autre chose est d’avoir ce petit instrument qui s’appelle une clef et qui permet d’ouvrir la porte. Car finalement, l’ouverture de la porte ne dépend que du Christ. Et c’est pour ça, je pense, que des gens entreront dans le royaume, parce qu’ils trouveront la porte ouverte et que, par delà les dispositions économiques et juridiques actuelles de la gestion du pouvoir de Pierre, certains rentreront dans le bercail. Ils font partie de ces autres brebis qui n’en sont pas encore mais qui y rentreront quand même. C’est donc pour nous un message de confiance et d’espérance non seulement pour nous-mêmes, et pour tous ceux qui peut-être ne savent pas encore trouver la porte, mais lorsqu’ils la découvriront, j’espère, la trouveront ouverte.