LE SIGNE DU PAIN
1 Co 15, 20-28 ; Jn 6, 24-35
Jeudi de la troisième semaine de Pâques – A
(7 mai 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e texte que nous venons d'entendre est le début du discours sur le pain de vie. Il est donc l'entrée dans ce long dialogue entre les juifs et Jésus et dans lequel Jésus va développer qu'Il est le pain de vie, qu'Il est le pain descendu ciel donné pour le salut de tous les hommes. Ce discours suit deux récits, la multiplication des pains et la tempête apaisée. Le premier fait état d'un miracle par lequel Jésus a multiplié les pains pour la foule affamée, rassemblée autour de Lui. De ce miracle se lève une autre signification, un autre signe qui est l'abondance du Royaume déjà offert aux hommes, qui est que le Fils de Dieu donne à manger aux hommes, et Lui-même multiplie ce pain terrestre afin de signifier un autre pain qui sera le pain céleste.
Puis le Christ disparaît pour reparaître au sein de la tempête et dire à ses apôtres : "N'ayez pas peur!" Après que le pain ait été distribué à la foule rassemblée, à celle qui tente, tout en le suivant, de comprendre qui Il est, si c'est bien Lui le prophète annoncé, à la fin de ce miracle Jésus disparaît pour prier seul dans la montagne et ne va réapparaître qu'au milieu de la tempête en disant à ses apôtres apeurés : "C'est Moi ! N'ayez pas peur !"
Si je raconte ce qui précède 1'évangile que nous venons d'entendre c'est parce que, dans le texte de ce jour, les juifs demandent à Jésus : "Quel signe vas-Tu nous donner pour que nous croyons ?" Que signifie donc ce mot signe ? Finalement, nous aussi, nous avons quelque envie de demander des signes. Et nous les demandons ou nous hésitons à les demander. Peut-être nous sont-ils donnés par Dieu Lui-même ou par l'Église, mais certainement nous ne les voyons pas. Car il y a en nous certainement un désir d'une certitude ou du moins d'un signe qui arriverait d'un autre monde, du monde même de Dieu, qui affermirait notre foi et notre marche dans notre vie d'aujourd'hui. Et je pense, par l'Église, que ce signe nous est donné, mais notre cœur est enténébré, pour que nous puissions vraiment le reconnaître. Et c'est bien là toute la signification de ce chapitre sixième de saint Jean, face à la signification même du signe.
Si Jésus disparaît, après qu'Il ait multiplié les pains, c'est donc pour signifier que ce miracle est en lui-même déjà un signe d'une présence de Dieu qui se veut nourriture et nourriture, en vie, pour les hommes qui le suivent. Et si Jésus réapparaît au milieu de la tempête, c'est parce que ce signe n'a pas été suffisamment compris et qu'il a même ébranlé la foi de ceux qui l'avaient connu, de ceux qui avaient communié à ce pain, qu'il n'a pas suffi à les faire grandir et à les élever au-delà de ce monde naturel, vers un autre monde, vers le Royaume que Jésus annonce. Ainsi le signe est le moment, le lieu, l'endroit, l'événement par lequel Dieu se révèle, par lequel Dieu dit sa présence, par lequel Dieu dit qu'Il est nourriture et qu'Il veut être présent en nous et au milieu de nous.
L'évangile de Jean nous mène donc à comprendre comment tous ces signes vont s'accumuler les uns avec les autres pour arriver jusqu'au drame de la Passion. Nous avons donc à nous interroger sur ce signe que nous désirons du fond de nous-mêmes et qui nous est déjà donné par l'eucharistie, car l'ultime signification de ce chapitre c'est le pain, la pain de vie donné, et qu'il est le signe qui répond à toutes nos demandes de signes, et que Jésus se rend encore plus totalement présent, encore plus totalement vivant, à travers ce signe, que nous pourrions jamais avoir l'audace de demander à Dieu pour certifier et affermir notre propre foi. Le signe est déjà donné. Il nous faut simplement apprendre à le voir et à le reconnaître, comme celui qui mène vraiment vers Jésus, Fils de Dieu, donné pour le salut du monde.
Alors, puisque nous allons entrer dans ce signe et que nous allons nous en nourrir, après avoir dit comme les juifs : "Quel signe vas-Tu nous donner pour que nous croyons ?" laissons-nous éveiller à une foi réelle et puissante, lorsque nous reconnaîtrons dans le pain et le vin consacré, Jésus vivant.
AMEN