LA PRÉSENCE DU CHRIST CONTINUÉE

Ac 3, 13-15 + 17-19 ; 1 Jn 2, 1-5a ; Lc 24, 35-48
Troisième dimanche de Pâques – année B (14 avril 2024)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

« Ils s’imaginaient voir un fantôme (un esprit) ».

Frères et sœurs, je voudrais simplement réfléchir avec vous sur un tout petit point concernant les apparitions de Jésus ressuscité. En effet, la plupart du temps, on se demande ce que veut dire qu’un ressuscité apparaisse dans le monde. C’était une des questions que se posaient les premiers chrétiens. On disait qu’Il était mort, Il avait été mis au tombeau, et voici que la petite troupe, dix-douze personnes, déclare qu’Il est maintenant ressuscité. Dans le monde ancien, on pensait que c’était le retour d’un fantôme, comme certains paraît-il, font tourner les tables pour voir des esprits. Précisément pour les chrétiens, c’était le plus paradoxal possible, c’est-à-dire de ramener la résurrection simplement au fait que Jésus se manifeste comme un esprit. Il y a d’ailleurs des gens qui aimeraient que ce soit comme ça aujourd’hui, des apparitions de Jésus de temps en temps. Or, il n’y en a pas trop aujourd’hui, il faut le rappeler !

C’est pour ça qu’au début les apôtres paniquent. A cette époque-là, on était terrorisé par la possibilité qu’un esprit vous hante : on était fichu ! Ici, ils ont peur, ils ne Le reconnaissent pas, donc c’est un esprit, ce n’est pas Lui qui est là. Or, ce que Jésus a voulu faire, c’est apparaître non pas comme un fantôme, mais comme quelqu’un qu’ils connaissaient très bien. Si vous lisez tous les évangiles de la résurrection, c’est toujours Jésus qui d’une part dit : « C’est bien Moi », et les disciples Le reconnaissent, et d’autre part Il pose des gestes tout simples pour leur rappeler comment Il était avec eux. C’est ainsi qu’Il demande ce morceau de poisson grillé pour signifier qu’Il est avec eux, qu’Il mange et qu’Il est heureux de partager ce petit repas. C’est la même chose pour Emmaüs quand Jésus accompagne les disciples sur la route, Il est heureux d’être avec eux, Il leur explique l’Ecriture, puis Il partage le pain comme Il l’avait fait la veille de sa mort.

Frères et sœurs, ces récits ne sont pas des récits de magie ni des évocations d’esprits et de tables tournantes. C’est vraiment que les disciples, à leur insu, car ils ne pensaient pas évoquer la présence de Jésus par des sortilèges, voient cette présence s’imposer à eux. On pourrait se dire qu’ils ont eu de la chance car ils ont pu Le revoir… Pourquoi L’ont-ils revu ? C’est parce que Jésus s’est montré à ceux qui Le connaissaient bien à l’époque, pour Leur dire que ça continue. C’est ça les récits de résurrection : non seulement la vie, mais aussi la joie de la présence de Dieu, d’être avec Dieu, de se rassembler autour de Lui, continue.

Frères et sœurs, et nous alors ? Eh bien il faut ouvrir les yeux. Voyez ce que nous sommes aujourd’hui. Il y a deux mille ans que ça s’est produit et nous sommes encore rassemblés, et c’est encore Lui qui va nous dire tout à l’heure : « Prenez, c’est mon corps, prenez, c’est mon sang ». L’Eglise est ce qui continue la présence du Christ ressuscité, elle est ce qui continue à annoncer la venue de Jésus comme Sauveur ; l’Eglise est ce qui se rassemble pour vivre dans la communion et la joie fraternelle, la présence de l’amour de Dieu comme source de tout amour.

Autrement dit, aujourd’hui, contrairement à ce qu’on pense, les apparitions de Jésus ressuscité à ses disciples continuent, c’est précisément l’Eglise. Tout à l’heure, quand nous allons baptiser Julia, c’est exactement ce que nous allons faire. C’est comme si nous lui disions : « Julia, nous sommes des chrétiens de tous les âges, de toutes les générations, avec des idées parfois un peu différentes, mais nous sommes là pour te dire que notre vraie joie, au plan spirituel, au plus profond de notre cœur, c’est de savoir qu’Il est là et qu’Il te dit aujourd’hui à toi Julia : « C’est bien Moi, Je veux que tu deviennes mon disciple ».

Frères et sœurs, c’est cela la foi chrétienne, la liturgie de l’eucharistie qui dit : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang », et qui dit que le Christ est là comme lorsqu’Il avait partagé son corps et son sang avec ses disciples en leur disant : « C’est bien Moi » ; le Christ qui est là et qui accompagne les disciples sur le chemin comme chacun d’entre nous est accompagné sur le chemin de sa foi, à travers toutes les difficultés et tous les échecs que nous pouvons connaître, c’est cela le mystère de la résurrection.

D’une certaine façon, c’est pour ça que les récits de résurrection ne sont pas très développés, mais c’est comme si l’évangile nous disait que les premiers témoins qui avaient vécu cela, continuaient à le vivre. C’est ce qu’on te souhaite aujourd’hui, Julia, que tu puisses continuer à reconnaître petit à petit le Seigneur qui vient te donner sa vie et son amour par le baptême. Amen.