LE COEUR DU CREDO
1 Co 15, 1-10 ; Jn 6, 1-15
Lundi de la troisième semaine de Pâques – B
(23 avril 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Christ en gloire (Mystras - musée)
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rères et sœurs, le texte de l'épître de Paul aux Corinthiens est le plus précieux de tout le Nouveau Testament. Pourquoi ? Parce que c'est historiquement le premier grand témoignage écrit sur la résurrection. Auparavant saint Paul lui-même, les autres apôtres ou évangélistes avaient annoncé la résurrection. Ici nous avons un texte écrit qui est extrêmement vénérable. Saint Paul écrit aux Corinthiens sans doute au milieu des années cinquante et quand il leur écrit il leur dit : "Je vous rappelle frères l'évangile que je vous ai annoncé et que vous avez reçu, et que je vous ai transmis en premier lieu ce que j'avais moi-même reçu". Paul, en 53-54, dit que ce qu'il va affirmer, il l'a reçu comme une formulation existante du Credo des premières communautés chrétiennes. On a là le tout premier catéchisme. Jésus meurt vers les années 31 et Paul écrit en 53 et il dit qu'il a reçu le texte.
Or, Paul s'est sans doute converti vers les années 34-35. C'est donc un des textes les plus primitifs au sens le plus originel de toute la révélation de tout le Nouveau Testament. Comment est bâti ce texte ? Le texte grec est plus rythmé que le texte français. "Le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, il a été mis au tombeau. Il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures, et il est apparu, etc ………" Ce texte est construit de la façon suivante. Deux choses se sont passées selon les Écritures, selon le plan de Dieu : le Christ est mort et il est ressuscité. On ne se donne même pas la peine de citer les Écritures, on est dans un tout petit résumé. On dit : "Il est mort selon les Écritures, il est ressuscité selon les Écritures". Et ensuite, à chacun de ces deux termes s'ajoutent "à la mort", - "il a été enseveli" et "à la résurrection " – "il est apparu". Ce petit quatrain est la base du Credo. Car ce qui réunit ce petit quatrain, c'est chaque fois le sujet "le Christ est mort – a été enseveli", "le Christ est ressuscité - il a été vu". Que veut-on dire ? l'essentiel c'est que le Christ a connu la mort humaine et c'est le même qui a connu la résurrection. C'est la continuité de l'identité du Jésus de Nazareth entre le moment où il achève sa vie terrestre par la mort et où il se manifeste comme ressuscité. C'est donc le même.
Comment se constitue le témoignage apostolique ? il est mort, mais on en a le témoignage par le fait qu'il a été enseveli. Il est ressuscité et on en a le témoignage par le fait qu'il est apparu à Simon, à plus de cinq cents frères à la fois, à Jacques. Quand on vient à la source, à la racine même de la proclamation de la mort c'est ce qui est dit : à la fois la réalité de la Pâque comme le passage du même Jésus-Christ de la mort à la vie, et la continuité du témoignage de ceux qui savent qu'il a été enseveli et de ceux qui savent par les apparitions du ressuscité qu'il est vraiment ressuscité. Et c'est d'une importance décisive pour notre foi qu'on ne puisse pas dissocier l'événement du témoignage. Dans l'événement de la mort, s'inscrit l'authentification par la mise au tombeau. Dans l'événement de la résurrection, est inscrite l'authentification par le fait qu'il y a eu des témoins, les apôtres qui ont été les témoins de cette présence du ressuscité au milieu d'eux. C'est donc la conjonction, la convergence des quatre éléments : mort, résurrection, témoignage authentification de la mort témoignage et authentification de la résurrection, c'est à cette manière-là de se formuler que Paul rajoute son propre témoignage. Il dit : "Et moi, il m'est apparu en dernier comme à l'avorton".
Paul à ce moment-là, sans doute parce qu'il est contesté, il y avait des soupçons qui couraient sur son témoignage, Paul insiste en disant qu'il fait partie de la séquence des témoins. Peut-être ne l'a-t-il pas vu mort suspendu sur la croix, ni assisté à l'ensevelissement, mais il se rattache au groupe des témoins de la première heure, par le fait que le Christ lui est apparu à lui aussi, comme au petit dernier. C'est ce que veut dire Paul : il est conscient qu'il n'a pas le même privilège que les apôtres d'avoir pu être témoin de la mort et de l'ensevelissement de Jésus, mais il sait qu'il a été témoin de la résurrection.
Nous sommes exactement dans la situation de saint Paul. Nous sommes témoins de la résurrection sans avoir été contemporains exactement des événements : mort et résurrection, mais l'Église est dans cette situation-là. Aujourd'hui, elle continue et c'est précisément cela qu'on appelle le témoignage apostolique, c'est-à-dire l'affirmation de l'authentification de la présence du ressuscité au milieu du monde, au milieu de l'Église et au milieu de l'histoire.
AMEN