AU CREUX DE LA MAIN

1 Co 15, 1-10 ; Jn 6, 1-15

Lundi de la troisième semaine du temps pascal – A

(15 avril 2002)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

P

our citer quelqu'un qui va faire de plus en plus autorité à la fin du vingtième siècle, Coluche, j'ai envie de dire à propose de cet évangile, que comme pour les artichauts, c'est le seul plat ou quand on a tout mangé, il y en a encore plus quand on a fini. C'et vrai que c'est toujours très tentant, que le monde, que notre vie, dont on a le sentiment qu'on va vers une fin, vers une décrépitude, de la force vers la faiblesse, du plus vers le moins, c'est toujours très tentant de penser que nous pouvons nous en sortir, nous pouvons aller du plus vers le double plus. Les idéologies sont là pour nous le prouver, le désir de l'homme d'aller vers un progrès, le désir de l'homme de penser que tout ira mieux demain, ces lendemains qui chantent. Il n'y a pas que les idéologies, il y a aussi, même ce désir qui nous tient au corps quand nous vieillissons de vouloir paraître toujours de plus en plus jeune, que ce soit au niveau des tenues vesti­mentaires, ou que ce soit au niveau de notre propre corps. Quand on sent que tout va vers la fin, tout va à vau-l'eau, on se raccroche, on essaie de revenir vers une jeunesse, vers le début, vers les origines.

La grande différence entre les artichauts de Coluche et le repas du Seigneur, certes dans les deux cas, il y a plus après le repas qu'avant, mais la grande différence, c'est que dans ces artichauts comme dans ces idéologies, comme dans tout ce après quoi nous courrons, cette espèce de jeunesse, cela tente, et sem­ble intéressant, mais il n'y a plus rien à manger. Quand les artichauts sont mangés, il reste peut-être une masse dans l'assiette, mais tout est épuisé. Quand les idéologies ont fait leurs preuves, quand elles ont attiré autant de monde, autant de gens, qui ont mis toute leur rage, tout leur cœur et leurs forces, pour découvrir à la fin qu'il ne reste que le sang et les lar­mes, à quoi donc pouvoir se raccrocher ? Quand on essaie de toujours se rajeunir, de rester jeune et beau, et que l'on découvre qu'un jour, nous nous retrouve­rons dans notre lit, dans la solitude, face à la mort, à quoi donc auront servi toutes ces opérations ?

Le pain du Christ est le seul, qui, lorsque nous le mangeons, nous nourrit toujours. La grande diffé­rence, c'est qu'il est tout petit, il se tient dans le creux d'une main, il semble si faible, Je pense souvent aux enfants qui préparent leur première communion, quand on les emmène à la sacristie pour leur montrer la petite hostie qu'ils recevront bientôt, il y a un mé­lange de déception, de surprise, de se dire que toute la Vie se tient dans ce petit morceau de pain, au creux d'une main. Pourtant, c'est ce don que le Christ nous offre tous les jours, non pas quelque chose plantureux, mais quelque chose de tout petit, de faible, qui tient dans le creux de notre main.

 

 

AMEN