LA MULTIPLICATION DES PAINS
1 Co 15, 1-10 ; Jn 6, 1-15
(18 avril 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Capharnaüm : La synagogue
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n pourrait croire, de prime abord, que lorsqu'on lit l'évangile, les différents évènements qui sont advenus à Jésus-Christ et à ses apôtres nous conduisent tout droit vers l'ultime, vers la fin c'est-à-dire la Passion et la Résurrection et que, de proche en proche soit dans la conscience des apôtres soit dans la conscience de ceux qui entourent Jésus, se prépare l'évènement final de la croix, du sacrifice du Fils de Dieu qui donne sa vie pour tous les hommes. De fait l'évangile trame une histoire dramatique dont le but, dont la fin est la crucifixion et la Résurrection.
Pourquoi donc lire ces évangiles de saint Jean après la Pâque ? Il nous faudrait nous maintenir dans ce temps, dans ces textes entre la Résurrection et la Pentecôte, puisque nous sommes après la Pâque. Ces bribes d'évangile avant la Pâque semblent bizarres puisque nous avons déjà franchi l'évènement ultime, total de la croix du Christ. Pourtant, et le texte d'aujourd'hui le montre très clairement, les évangiles ont deux significations principales.
La première c'est celle qui prépare, qui annonce, qui dévoile l'avènement de ce Royaume et la personne de Jésus-Christ. D'ailleurs, l'évangile, surtout celui de saint Jean, identifie le Royaume à la personne de Jésus. En même temps ces évangiles sont déjà pascals en ce sens qu'ils disent aussi "après la Pâque". Vous avez entendu aujourd'hui de nombreuses allusions eucharistiques, que ce soit l'action de grâces de Jésus, le fait qu'Il partage, le fait aussi du soin qu'on prend à récupérer les restes, alors que tout le monde est repu, afin que "rien ne soit perdu", puis la proclamation de Jésus comme Roi, comme Messie. Et Lui-même s'en va, s'enfuit, laissant la foule seule avec ce pain, comme nous-même restons seuls, avec cette eucharistie lorsque le Christ, apparemment absent, nous laisse seuls avec cette eucharistie.
Donc cet évangile annonçait que Jésus vient nourrir les foules, vient les rassembler, les convoquer : c'était donc une lecture avant la pâque. Puis nous sommes aujourd'hui dans une lecture après la Pâque, une lecture eucharistique. Lecture non plus du signe que Jésus a fait Lui-même, en tant qu'homme vivant parmi les hommes, mais de ce que l'Église fait parmi nous et que Jésus avait préfiguré lors de son vivant sur terre. C'est en cela que les évènements d'avant la mort du Christ et ceux d'après la mort du Christ, gravitent, tournent autour d'un seul évènement qui est la Pâque et que l'Église, dans ses signes, dans ses gestes quotidiens, dans ses gestes de sacrements, est la réplique exacte, permanente, quotidienne des gestes mêmes du Christ. Chaque geste sauveur du Christ est repris par l'Église comme un geste sauveur, que ce soit par cette eucharistie, par la convocation, le rassemblement des foules, que ce soit par l'imposition des mains sur les malades, que ce soit par le baptême. Tous les sacrements reprennent en fait chaque geste sauveur du Christ en l'amplifiant, Lui donnant cette pleine mesure universelle pour que l'évangile touche chaque homme de chaque nation, de chaque race, de chaque époque.
Ainsi, entendre l'évangile après Pâques, c'est l'entendre comme l'évangile même de l'Église qui dit ce qu'elle fait, car elle le fait à la suite du Christ et en imitant le Christ. Ainsi, la Pâque est comme le passage à travers lequel l'Église prend la suite exacte du Christ en reprenant les mêmes gestes. Alors aujourd'hui reconnaissons à travers l'eucharistie les gestes du Sauveur, de celui qui vient nous sauver. Essayons d'éveiller notre regard en relisant l'autre passage pour retrouver cette présence incroyable de Jésus Lui-même qui était venu s'incarner, qui était venu dans ce monde pour sauver les hommes. C'est bien ce que cette eucharistie signifie pour nous aujourd'hui.
AMEN