PAIN DE VIE POUR LE MONDE

1 Co 15, 20-28 ; Jn 6, 24-35

Lundi de la troisième semaine du temps pascal – A

(30 avril 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

P

uisque nous ressemblons à ces juifs qui avaient de la peine à entrer dans ce mystère du Christ comme pain de vie, reprenons un des mots de cette brève discussion entre eux et le Sauveur. Ils demandent à Jésus : "Quelles œuvres devons-nous faire ?" car juste avant Jésus leur avait dit de ne pas passer leur temps à travailler pour manger. Ils repren­nent cet élément du travail sous le terme d'œuvres et le Seigneur répond au singulier. Il n'y a qu'une seule œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez. Et les phari­siens sont comme nous qui avons toujours besoin de voir, qui demandons des signes. Ils s'entendent répon­dre par Jésus : Il n'y aura pas d'autre signe que Moi-même. Que Moi-même comme pain de vie. C'est une expression qui désigne le Christ puisque l'eucharistie c'est tout simplement la chair divine du Christ qui est donnée à chaque homme pour qu'il puisse le ren­contrer.

Nous croyons souvent que la vie chrétienne c'est de travailler beaucoup, de faire beaucoup de choses, d'avoir de multiples activités dans une pa­roisse ou à l'extérieur d'une paroisse. Non ! le Christ nous dit que le travail, l'œuvre ne dépend pas de nos multiplicités ni même donc de notre agitation, mais que, au contraire, il n'y a qu'une seule œuvre qui est celle que le Père fait en nous lorsque nous recevons le pain et que nous croyons qu'II est le pain de vie, que nous croyons qu'Il est Celui que le Père nous a en­voyé. Lorsque nous croyons, dans la foi, que nous sommes définitivement et totalement sauvés par cette incarnation prolongée dans chaque homme par le don de l'eucharistie, par le pain de la vie.

Et ce pain de vie, cette eucharistie, assure en nous autant que nous y sommes disposés autant que nous laissons Dieu travailler librement, cette eucha­ristie assure en nous notre immortalité. "Le pain que je vous donnerai, c'est ma chair, ma vie. Si vous man­gez ma chair, si vous buvez mon sang, vous n'aurez jamais soif, vous n'aurez jamais faim !" Parfois nous communions d'une façon trop proche d'une "dévo­tion" et en plus d'une dévotion parfois très individua­liste. Ceci n'a rien à voir avec l'eucharistie de l'Église. L'Église célèbre l'eucharistie parce que le Christ continue en elle sa Pâque et continue à partager, avec chaque homme qui le désire, son immortalité, sa vie éternelle, sa vie divine. Et c'est cela essentiellement, d'abord l'œuvre de Dieu en nous et dans le monde, et c'est le seul signe qui nous soit donné pour reconnaî­tre réellement la présence de Dieu et de son envoyé et l'efficacité de la Pâque.

Nous sommes des gens qui communions très souvent. Sommes-nous attentifs à l'œuvre que le Christ réalise par cette fréquentation quasi quoti­dienne de l'eucharistie ? Deux points simplement. En communiant, nous devenons le corps du Christ et nous sommes donc donnés comme un pain de vie au monde d'aujourd'hui. C'est cela essentiellement la raison, le motif de tout témoignage et de tout travail apostolique de l'Église. Donner au monde, ce que nous avons reçu : le pain de vie. Pourquoi ? Parce que, dans ce pain de vie, reposent toutes les puissan­ces, toutes les potentialités de l'éternité. Et nous sommes dans un monde, nous sommes de ce monde qui travaille beaucoup pour la nourriture qui se perd, et nous avons à le faire comme tout homme, mais nous avons aussi à vivre et à donner à ce monde ce que nous recevons d'immortalité, d'éternité, pour que nous-mêmes puissions être rassasiés de ce pour quoi nous sommes faits, la vie éternelle, et pour que les hommes qui vivent avec nous puissent reprendre cette saveur, ce goût de l'éternité, afin que toutes nos soifs, toutes nos faims, qui ne sont souvent d'ailleurs qu'il­lusoires, puissent être rassasiées de la seule chose que Dieu désire pour nous : d'accomplir en nous son œu­vre. Nous sommes les réceptacles de la vie éternelle que Dieu veut pour nous et pour chaque homme. Nous sommes ceux qui la recevons dans le pain de vie pour la manifester, pour la rayonner dans toutes les œuvres de notre vie. Tant et si bien qu'à ce niveau-là, il n'y a plus d'œuvre profane ou d'œuvre religieuse, d'engagement dans le monde ou d'engagement dans l'Église, c'est un faux dualisme. Il y a simplement le corps et la chair du Christ qui continue de vivre en nous, pour nous et par nous, pour le monde.

 

 

AMEN