VOICI QUE JE VOUS ENVOIE
Ac 8, 5-8 + 14-17 ; Mc 16, 9-18
Lundi de la troisième semaine de Pâques - A
(7 mai 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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'est une critique que l'on entend formuler bien souvent dans notre monde contemporain, au sujet de l'Église, que ce reproche fait aux "curés" de ne pas y croire assez, comme si le cléricalisme était très souvent un des foyers du scepticisme et de l'incrédulité. Ce qui est consolant, c'est que ce n'est pas d'aujourd'hui, car si on en croit l'évangile que nous venons d'entendre, ce scepticisme clérical a envahi le groupe des douze au moment même de la Résurrection. Les femmes s'en vont au tombeau. Elles annoncent la Résurrection, "mais les disciples ne les crurent pas". Les disciples d'Emmaüs reviennent après avoir vu le signe de la fraction du pain, mais on ne les crut pas non plus. Ainsi on dirait qu'il y a quelque chose de mystérieux dans cette affaire : le fait que ceux-là même qui seront chargés d'authentifier la foi en la Résurrection sont ceux qui ont le plus de mal à croire.
Après tout, c'est peut-être quelque chose qui nous affecte tous, d'une manière ou d'une autre, et pas seulement les clercs. Mais ce que je voudrais en retenir, c'est que la manière dont le Christ, dans cet évangile, guérit les disciples de leur incrédulité, c'est en les envoyant proclamer l'évangile. Tous, au fond de notre cœur, nous portons cette part d'incrédulité, de difficulté à adhérer véritablement, de tout notre être, à la Résurrection du Christ. Or il n'y a pas d'autre moyen de guérir cette partie malade de notre cœur que de ré-écouter cette parole du Seigneur : "Voici que je vous envoie proclamer la Bonne Nouvelle à toute la Création !" Il n'y a rien d'autre pour nous guérir de notre incroyance que le fait d'obéir à la parole du Christ qui nous envoie prêcher la foi.
Comprenez-moi bien. Il ne s'agit pas d'une sorte de méthode d'autosuggestion et de persuasion qui consisterait à se dire : "Puisque j'en parle, c'est que j'y crois" ou "Pour que j'y croie, je vais en parler, comme cela, petit à petit, ça viendra !" Si l'on voyait les choses de cette manière-là, ce serait terrible, car l'annonce de la Résurrection serait alors la plus grande supercherie qui soit, puisque, en même temps qu'on tromperait les autres, on se tromperait soi-même. Mais je crois que c'est plus profond que cela. C'est que l'annonce même de ce qui est incroyable est le signe visible, pour celui qui annonce, qu'effectivement il n'annonce pas cela de lui-même.
Au fond, le fait que l'Église soit restée apostolique, c'est-à-dire "envoyée", commissionnée par son Seigneur, à travers tous les siècles, et qu'elle ait été envoyée annoncer une nouvelle aussi difficile à croire pour elle-même et pour les hommes qui devaient recevoir ce message que le message de la Résurrection. C'est le signe presque manifeste de la présence vivante du Ressuscité, au cœur de cette Église. Puisqu'elle a tant de mal à y croire, il est merveilleux qu'elle se mette à l'annoncer. Et si elle est écoutée, il est merveilleux que les gens écoutent. Et, dans un cas comme dans l'autre, dans le cas de celui qui annonce comme dans le cas de celui qui écoute, c'est le signe manifeste que l'Esprit est à l'œuvre dans le cœur de tous pour que se lève la moisson de la Résurrection du Seigneur.
Ainsi, lorsque nous-mêmes, ayant reçu le baptême, nous avons reçu, comme les apôtres, la mission de proclamer le Christ Ressuscité, il faut que nous gardions notre regard sur cette force qui nous est donnée d'annoncer, et qui ne vient pas de nous. Si nous annonçons l'évangile, ce n'est pas par quelque persuasion humaine, dira saint Paul. C'est parce que c'est l'Esprit qui nous pousse à annoncer. Et si ce message est accueilli dans le cœur de ceux qui demandent : "Frères, que devons-nous faire ?" et qui se mettent à croire, sur notre parole, ce n'est pas parce que nous, nous les avons convaincus. Mais c'est parce que l'Esprit a travaillé dans leur cœur et qu'Il les a ouverts à la vérité de la Résurrection du Sauveur.
Qu'en ce temps de Pâques où, par la prière liturgique, nous sommes ré-enracinés dans le mystère du Christ qui se lève de son tombeau et qui donne sa vie pour son peuple tout entier, nous contemplions, à la fois dans notre propre vie et dans la vie de ceux qui sont autour de nous, la puissance de cette Résurrection. Non pas pour nous en glorifier, mais pour rendre grâces, simplement, de ce que Dieu nous a choisis alors que nous étions incrédules, et qu'Il nous a choisis pour être les messagers de la Résurrection. Et que, dans le cœur de ceux qui se mettent à croire au Christ, nous discernions cette oeuvre de l'Esprit Saint qui s'accomplit dans toute la création.
AMEN