C'EST DIEU QUI DONNE LA GRÂCE
1 Co 15, 1-10 ; Jn 6, 1-15
(7 avril 2008)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
Corinthe : Temple d'Apollon
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'Écriture dit que Dieu s'oppose aux orgueilleux. Avec saint Paul on aurait pu craindre le pire. En effet dans d'autres passages de ses lettres, il ne cesse de défendre sa qualité d'apôtre. Il veut montrer qu'il est pleinement un apôtre, si c'était possible, autant que les autres apôtres. Mais il reconnaît qu'il est le dernier des apôtres et qu'il est comme un avorton. Il y a une certaine humilité à reconnaître au moins une chose pour lui, c'est qu'il a voulu et persécuté l'Église et plutôt que de faire semblant que cela n'a jamais existé, il préfère en faire un mémorial pour dire une chose essentielle à la vie chrétienne, c'est qu'il a fait l'expérience de la grâce. Il dit que la grâce de Dieu en lui n'a pas été stérile. Bien sûr, son orgueil reprend vite le dessus, parce qu'il se plaît très vite à ajouter, j'ai travaillé plus que tous. Cela dit, heureusement la grâce le rattrape aussitôt et il ajoute : non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est avec moi.
Tout est sauf parce que la grâce de Dieu, c'est ce que nous recherchons au jour le jour. Il y a la grâce fondamentale de Dieu qui nous créé et recréé par le baptême et qui nous fait vivre de sa vie par les sacrements, tout particulièrement dans l'eucharistie. Il y a ces grâces quotidiennes que nous recherchons à travers le fil de notre existence, des heurts et malheurs que nous connaissons. Ce qui est important c'est de reconnaître ce que le Seigneur fait pour nous. Cela s'appelle l'action de grâces qui est l'autre mot de l'eucharistie. Reconnaître que c'est le Seigneur qui agit, mais il a besoin de nous, de notre collaboration, car Dieu respecte infiniment notre liberté et il ne veut pas que la grâce en nous soit comme un acte de magie, mais que nous nous rendions compte que notre cœur et notre vie, malgré ses misères, ses péchés, peur réellement s'ouvrir à l'action de Dieu, à son amour et à sa grâce.
C'est ce qui se passe de manière assez humoristique lorsque Philippe demande à Jésus pour cette multiplication des pains : où achèterons-nous des pains pour que ces gens puissent manger ? Jésus savait ce qu'il allait faire, et lorsqu'un autre apôtre lui dit : il y a ici un enfant qui a cinq pains et deux poissons, mais qu'est-ce que cela pour tant de monde, Philippe et André sont en train de constater que laissés à eux seuls, ils ne peuvent rien. Jésus leur fait comprendre ainsi que même ce petit rien va être l'objet d'une grande grâce. Même ces cinq pains et ces deux poissons vont nourrir une multitude.
C'est certainement aussi ce que nous pouvons vivre. Même si comme saint Paul on a souvent tendance à dire : moi, j'ai travaillé plus que tous les autres, il n'empêche que c'est toujours rien. Mais c'est à partir de ce rien que Dieu nous fait la grâce, mais surtout qu'il nous donne de comprendre et de saisir qu'en collaborant ainsi à son salut, c'est une grande grâce pour tous les autres.
AMEN
