LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR
1 Co 15, 1-10 ; Jn 6, 1-15
(22 avril 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
|
N |
ous avons commencé ce matin un des textes les plus longs et les plus développés sur la Résurrection, la première épître aux Corinthiens au chapitre quinzième. Ce texte est un texte central car saint Paul ne se contente pas de raconter que le Christ est ressuscité mais il explique vraiment ce qu'est la Résurrection, et cela dans un contexte bien particulier qu'il faut bien comprendre si on veut savoir ce que saint Paul veut dire. En effet, ce pauvre saint Paul est toujours tombé sur des communautés chrétiennes extrêmement turbulentes dont la foi était souvent orageuse et difficile. Celle des Corinthiens était vraiment un modèle du genre. Corinthe était un port dont les habitants n'avaient pas toujours une vie morale absolument exemplaire, c'est pour cela que, de temps en temps, Paul leur envoie des mercuriales un peu gratinées. Mais c'était aussi un lieu de communication et de pensée assez extraordinaire dans lequel, parce que c'était un port de mer, circulaient toutes sortes d'idées venues d'Orient ou du paganisme et qui se croisaient là. En plus, Corinthe était une ville grecque avec une certaine mentalité, une certaine conception des choses et du monde. Quand ces braves Corinthiens ont entendu parler de la résurrection des morts, ils ont très vite interprété ces choses non pas comme saint Paul les avait enseignées, mais telles que, eux, avec leur intelligence et leur compréhension humaines voulaient les interpréter. C'est ainsi que pour les Corinthiens, comme sans doute pour beaucoup de grecs de l'époque, l'idée même d'une résurrection des morts avait quelque chose de si choquant, que nous ressuscitions avec notre corps, qu'ils préféraient considérer cette résurrection comme une simple immortalité de l'âme, comme si, en nous-mêmes, il y avait une sorte de partie purement spirituelle tellement élevée qui, elle seule, méritait de survivre au milieu du naufrage de la mort.
Saint Paul s'insurge avec beaucoup de vigueur contre cette conception des choses. Il dit aux Corinthiens : "L'évangile que je vous ai annoncé, ce n'est pas simplement une survivance à nous-mêmes, à travers une expérience spirite ou purement spirituelle, purement éthérée, mais c'est vraiment le fait que, dans notre intégrité, nous redeviendrons pleinement ce que Dieu a voulu pour nous". Et il explique : "Ce que je vous ai annoncé, ce n'est pas simplement notre désir humain". C'est vrai que chacun de nous éprouve au plus intime de son cœur le désir de durer, de durer au-delà de la mort. C'est vrai que, spontanément, mais à cause de notre fonds humain, naturel, nous croyons à une certaine immortalité de l'âme. Nous croyons qu'il y a quelque chose en nous de si profond, de si solide que, normalement, cela ne doit pas périr. Tout ce qui en nous est capable de comprendre, est capable d'aimer, est capable de désirer. Et comme nous sentons que notre être n'est pas pleinement harmonieux, qu'il y a quelque chose de plus élevé, de plus "noble", c'est cela que nous voudrions voir durer éternellement. C'est cela l'origine de l'immortalité de l'âme. C'est une démarche humaine. C'est l'homme qui sent le caractère précieux de sa vie, de la grandeur de sa vie spirituelle, et il veut que cela dure tout le temps.
Mais saint Paul dit : cela ne suffit pas. Si vous voulez être vraiment croyants, il faut croire à la résurrection de la chair. Et pour bien le comprendre, il faut commencer par le commencement. Or quel est le commencement ? "Christ est ressuscité des morts. Alors qu'Il avait été mis à mort, mis au tombeau, Il a été ressuscité par Dieu et Il a été vu par les disciples." Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que le problème de notre existence, après notre mort, ne dépend pas de notre propre désir ou de nos propres aspirations. Cela dépend d'abord d'un projet de Dieu sur nous. C'est parce que Dieu veut que nous soyons des vivants que nous serons effectivement des vivants. Non pas parce que nous voudrions, à partir de nos propres forces, continuer à durer, Nous savons très bien que c'est impossible à partir de nos propres forces. Mais la Résurrection de Jésus manifeste que Dieu veut, pour nous, la vie et qu'Il nous l'a montré d'abord en Celui qui venait nous apporter la vie, le Christ. Par conséquent, si la plupart du temps nous avons tant de mal à croire à la résurrection des morts, c'est parce que nous mesurons cela à la mesure de notre propre cœur, de notre propre désir qui peuvent être très grands mais ne sont pas suffisants. Car l'amour dont nous sommes aimés, dont chacun de nous est aimé c'est un amour divin. Et Dieu qui nous a créés, qui nous a façonnés dans cette plénitude de corps, de cœur, de chair et de sang et d'esprit, Dieu veut que tout cela soit restauré, Dieu veut que tout cela soit rétabli, d'une manière extrêmement mystérieuse qu'il nous est bien difficile d'expliquer. Les apôtres en ont vu quelques signes extrêmement timides, flous mais la Résurrection, c'est d'abord le désir de Dieu sur nous. Dieu veut que nous soyons des vivants. C'est la véritable raison pour laquelle nous croyons à la résurrection du Christ.
C'est parce que Dieu nous a montré, en son Fils Jésus, une vie transfigurée glorifiée par son amour, mais une vie humaine, une vie comme la nôtre. Saint Paul dit à ses Corinthiens : "C'est cela qu'il faut regarder d'abord, le Christ Ressuscité, et c'est cela l'évangile que vous avez reçu." Dieu a pour nous, uniquement, un désir de vie.
Alors, durant ce temps pascal, que s'affermisse en nous cette foi en la Résurrection. C'est sûr que, par bien des aspects de notre vie, nous avons été plus ou moins profondément marqués par le mystère de la mort. Mais je crois que ce que Dieu fait en nous, petit à petit, ce que Dieu façonne au fond de notre cœur, par le moyen même des souffrances qu'il nous arrive d'éprouver, c'est de réaliser que le véritable désir de vie c'est l'amour démesuré de Dieu pour nous qui veut que nous soyons des vivants et des vivants de sa vie.
AMEN