JE CROIS À LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

1 Co 15, 12-19; Jn 6, 16-24

(22 avril 1996)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Le jour nouveau

I

 

l me semble que ce que nous avons entendu dans la lecture de l'épître aux Corinthiens est absolument d'actualité. Il est étonnant de voir comme au premier siècle déjà saint Paul a dû fustiger la communauté. On pourrait presque transposer ce qu'il a écrit aux Corinthiens, car c'est un peu comme s'il l'avait écrit aux Aixois. Il les fustige non seulement au niveau des mœurs, mais aussi à un autre niveau, qui est central ou qui du moins me semble central au christianisme, c'est-à-dire la Résurrection.

       Cela ne vous a peut-être pas effleuré, ou peut-être n'en avez-vous pas fait l'expérience, mais c'est par expérience que je le dis : beaucoup de chrétiens n'envisagent pas la Résurrection comme le point central de la foi, voire pensent que la Résurrection dans la chair relève de certaines théories. Pour beaucoup des parents qui inscrivent leurs enfants au catéchisme, la réincarnation prend le pas sur la résurrection.

       Frères et sœurs, je crois que saint Paul aujourd'hui ne s'adresse pas seulement aux Corinthiens. La Parole de Dieu est vivante. C'est pour cela que dans l'eucharistie c'est d'abord de la Parole de Dieu que l'on se nourrit. Ce qui fait, entre parenthèses, que la Parole de Dieu n'est pas une annexe dans l'eucharistie et qu'il vaut mieux venir à celle-ci aussi pour écouter la Parole de Dieu qui est nourriture ... Cette Parole de Dieu, c'est aux Aixois qu'elle s'adresse aujourd'hui.

       Frères et sœurs, si nous avons mis notre espérance seulement dans cette vie, nous sommes les plus malheureux des hommes. Et si vous ne croyez pas à la Résurrection, vous n'êtes pas chrétiens, vous n'avez pas grand-chose à faire ici. Si vous vous dites chrétiens sans croire à la Résurrection, vous êtes les plus malheureux des hommes et mieux vaut alors profiter de la vie, quitte à faire n'importe quoi, plutôt que vous croire obligés de venir à l'eucharistie.

        Pourquoi la Résurrection est-elle centrale au christianisme ? Tout simplement parce qu'il nous faut passer d'un déisme, c'est-à-dire d'une croyance que Dieu existe, et quasiment beaucoup de gens y croient à un Dieu personnel, Jésus-Christ, deuxième personne de la Trinité, qui s'incarne, vit comme les hommes car Il est né comme eux, en connaît tous les tenants et aboutissants, jusqu'à la mort, et la mort sur une croix par laquelle Il nous ouvre une espérance, celle de la Résurrection. C'est cela qui nous touche et qui transforme notre vie. Que Dieu soit éternel, frères et sœurs, beaucoup de religions finissent par le dire. Qu'Il soit tout-puissant, nous ne sommes pas les seuls à le proclamer. Sans la Résurrection, nous ne sommes pas différents des autres religions. Sans elle, nous pourrions aussi bien être bouddhistes ou hindouistes. Nous nous situerions aussi dans un déisme, plus ou moins teinté d'occidentalisme par rapport à d'autres religions qui croient aussi en Dieu. C'est un déisme de couleur plus locale, mais un déisme tout de même que serait donc le christianisme. Remarquons bien qu'en se basant uniquement sur cette couleur locale, celle-ci aura vite fait de prendre le pas sur le christianisme et il ne faudra pas s'étonner que disparaissent des communautés chrétiennes pour laisser place à d'autres communautés religieuses ...

        Si nous perdons le cœur de ce que nous voulons annoncer au monde, nous perdons notre identité. Lorsqu'il a annoncé aux juifs la nouveauté du Christianisme, Pierre leur a proclamé (c'est le kérygme, c'est-à-dire le cœur même de l'annonce) : Christ est mort, celui là même que vous avez crucifié, et Il est ressuscité.

       Il n'y a donc qu'une seule question à nous poser : comment vivons-nous la Résurrection dans toute notre vie ? Comment la couleur, la vie, la puissance, la force de la Résurrection font-elles vibrer et agir tout ce que nous sommes ? Je crois que c'est à cette question que nous sommes acculés aujourd'hui.

      AMEN