LA FEMME PORTEUSE DU FRUIT DE VIE
Ac 4, 23-31 ; Lc 24, 1-12
Lundi de la deuxième semaine de Pâques – B
(24 avril 2006)
Homélie du Frère Yves HABERT
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on seulement nous connaissons cette cène, mais nous en vivons, nous nous la représentons, ces femmes qui à l’aurore, quand pointe l’étoile du matin, s’en vont au tombeau avec leurs aromates, et elles ont cette rencontre avec les deux hommes en habits éblouissants, et ensuite, viennent trouver les apôtres. Et là, on a une sorte de frémissement qui nous saisit puisque les apôtres ne croient pas ces femmes, même l’Écriture va plus loin, elle dit : "Ces propos semblaient aux apôtres, du radotage". L’Écriture est-elle misogyne ? Y a-t-il dans l’Écriture des échos d’un certain comportement des apôtres vis-à-vis des femmes ? Les femmes sont-elles des fofolles qui auraient suivi le Christ mais qui n’auraient pas eu cet enracinement des apôtres ? Je crois qu’il faut creuser un peu.
Il faut d’abord se dire que le fait de la résurrection de quelqu’un qu’on a connu et aimé, et avec qui l’on a partagé toutes ces années extraordinaires, le fait de la résurrection est quelque chose d’absolument nouveau, qui n’a pas d’équivalent, qui n’a pas de correspondant. Si après un deuil on vous dit après l’enterrement, on vous disait que la personne que vous avez connue est là, vous diriez effectivement que cela ne va très bien dans la tête. Il nous faut prendre quand même la mesure de ce fait radical de la résurrection, et ce n’est pas diminuer la résurrection que de dire que c’est un événement qui est absolument hors norme, au contraire. Quelquefois notre manière d’envisager la résurrection comme simplement une survie, gomme un peu le fait absolument radical de cette résurrection.
J’ai regardé volontairement les autres évangélistes. Quelqu’un comme saint Marc, par exemple va rapporter cela, ces femmes qui viennent trouver les apôtres et en entendant qu’elles l’avaient vu, ils ne les crurent pas. Donc, on retrouve exactement la même chose. Mais poursuivons. "Après cela, il se manifesta encore sous d’autres traits à deux d’entre eux qui étaient en route et s’en allaient à la campagne, et ils revinrent l’annoncer aux autres, mais on ne les crut pas non plus". Donc, saint Marc rapporte qu’il y a des hommes aussi qui ont eu cette vision de Jésus, mais on ne les a pas plus cru que les femmes. Là on n’est pas dans quelque chose qui serait simplement une sorte de transfert de misogynie. Non, je crois qu’on est dans quelque chose de beaucoup plus profond et plus grave. Quand on ne croit pas les femmes, ce n’est pas parce que ce sont des femmes, c’est qu’on ne croit pas à la résurrection parce que c’est trop neuf. J’avais été très surpris, choqué même, à Lourdes, dans le cadre d’une procession, devant la Basilique du Rosaire, par un prédicateur qui disait que si on avait confié l’annonce aux femmes, c’est parce qu’il y avait plus de chances que la nouvelle se répande. Ca, c’est misogyne ! C’est un trait d’humour que je trouve déplacé surtout à Lourdes, parce que c’est une apparition d’une femme qui a en fait, assez peu parlé et qui a manifesté par toute sa vie et par sa maternité qu’elle était la Reine du ciel.
Il nous faut saisir pourquoi peut-être est-il d’abord passé par des femmes ? Pourquoi le Christ ne s’est-il pas d’abord manifesté aux apôtres ? Il y a certes, les rites de l’ensevelissement, cette tâche qui est dévolue aux femmes, tâche que je rapprocherais d’ailleurs du geste de la femme juive qui, le vendredi soir allume la flamme du sabbat. C’est la femme qui allume cette flamme qui va brûler pendant tout le temps du sabbat. C’est peut-être en lien avec cette flamme du sabbat, que ce soit aux femmes d’apporter aussi aux apôtres la flamme non pas d’un simple sabbat, mais de la manifestation de Dieu. Peut-être qu’il faut remonter au protévangile, il faut remonter à la Genèse. C’est la femme qui a tendu le bras vers le fruit de l’arbre et qui en a donné à son mari. Et l’on comprend la méfiance des apôtres parce qu’ils ont comme la mémoire de ce geste d’Adam. Donc, ils se méfiaient normalement. Si on rapproche ce geste d’Eve vers l’arbre et qui en donne à son mari, je crois qu’il y a aussi dans une sorte de rapprochement un peu audacieux, patristique, de dire qu'il était normal que ce soient les femmes aussi qui tendent, elles qui avaient tendu le fruit qui avait apporté la mort, que ce soient les femmes qui tendent le fruit qui apporte la vie. Ce fruit paradoxal, ce fruit d’un tombeau vide, ce fruit d’une apparition un peu mystérieuse d’anges, d’êtres en habits resplendissants, que ce soit la femme qui apporte le fruit de vie.
AMEN